{"id":9433,"date":"2023-01-30T10:45:47","date_gmt":"2023-01-30T10:45:47","guid":{"rendered":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/?post_type=tickets&#038;p=9433"},"modified":"2023-01-30T10:59:43","modified_gmt":"2023-01-30T10:59:43","slug":"%d9%84%d8%a7-%d8%aa%d8%b9%d9%88%d8%af-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d9%85%d9%88%d8%b1-%d9%83%d9%85%d8%a7-%d9%83%d8%a7%d9%86%d9%8e%d8%aa-%d8%b3%d8%a7%d8%a8%d9%82%d8%a7%d9%8b-%d8%9f-covid-19-ruptures-et-continui","status":"publish","type":"tickets","link":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/tickets\/%d9%84%d8%a7-%d8%aa%d8%b9%d9%88%d8%af-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d9%85%d9%88%d8%b1-%d9%83%d9%85%d8%a7-%d9%83%d8%a7%d9%86%d9%8e%d8%aa-%d8%b3%d8%a7%d8%a8%d9%82%d8%a7%d9%8b-%d8%9f-covid-19-ruptures-et-continui\/","title":{"rendered":"\u0644\u0627 \u062a\u0639\u0648\u062f \u0627\u0644\u0623\u0645\u0648\u0631 \u0643\u0645\u0627 \u0643\u0627\u0646\u064e\u062a \u0633\u0627\u0628\u0642\u0627\u064b \u061f COVID-19 &#8211; Ruptures et continuit\u00e9s dans la p\u00e9ninsule Arabique"},"content":{"rendered":"<div class=\"su-row\"><div class=\"su-column su-column-size-1-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\"><\/div><\/div>\n<div class=\"su-column su-column-size-2-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\">Abb\u00e8s Zouache est historien, chercheur au CNRS et directeur du Centre fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie et de sciences sociales (Sanaa, Kowe\u00eft City) (http:\/\/cefas.cnrs.fr\/spip.php?article177).<\/p>\n<p>\u0644\u0627 \u062a\u0639\u0648\u062f \u0627\u0644\u0623\u0645\u0648\u0631 \u0643\u0645\u0627 \u0643\u0627\u0646\u064e\u062a \u0633\u0627\u0628\u0642\u0627\u064b [1] \u061f<br \/>\nCOVID-19 &#8211; Ruptures et continuit\u00e9s dans la p\u00e9ninsule Arabique<\/p>\n<p>Billet dat\u00e9 du 30 avril 2020.<\/p>\n<p>Le mot crise (en g\u00e9n\u00e9ral azma en arabe) est d\u00e9sormais unanimement employ\u00e9 \u00e0 propos de la pand\u00e9mie g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le COVID-19. L\u2019un des sens les plus communs de ce vocable renvoie \u00e0 \u00ab une situation de trouble profond dans laquelle se trouve la soci\u00e9t\u00e9 ou un groupe social et laissant craindre ou esp\u00e9rer un changement profond \u00bb [2]. C\u2019est \u00e0 cette crise per\u00e7ue comme multidimensionnelle et v\u00e9cue comme tr\u00e8s brutale dans la p\u00e9ninsule Arabique, que ce billet est consacr\u00e9. Il n\u2019a d\u2019autre objectif que montrer d\u2019une part comment le centre de recherche que je dirige, dont le champ de comp\u00e9tence s\u2019\u00e9tend sur les sept pays de la p\u00e9ninsule Arabique (Y\u00e9men, Kowe\u00eft, Arabie saoudite, Bahre\u00efn, Qatar, \u00c9mirats arabes unis, Qatar, Oman), r\u00e9agit \u00e0 cette crise, d\u2019autre part de livrer les quelques r\u00e9flexions qu\u2019elle suscite chez le chercheur que je suis.<\/p>\n<p>&#8211; Le CEFAS face \u00e0 la crise<\/p>\n<p>S\u00e9curiser<br \/>\nL\u2019\u00e9quipe du CEFAS [3] a d\u00fb s\u2019adapter aux effets de la crise du COVID-19 bien avant qu\u2019en France on ne prenne conscience des bouleversements qui s\u2019annon\u00e7aient. En effet, il est install\u00e9 au Kowe\u00eft, dont les autorit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res, dans la p\u00e9ninsule Arabique, \u00e0 prendre des mesures fortes de limitation de l\u2019activit\u00e9 et des d\u00e9placements de la population afin de lutter contre la propagation du virus. Le premier cas de malade dans la p\u00e9ninsule Arabique est signal\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef le 29 janvier 2020. Pr\u00e8s d\u2019un mois plus tard, le 24 f\u00e9vrier, les autorit\u00e9s kowe\u00eftiennes identifient \u00e0 leur tour cinq malades qui auraient s\u00e9journ\u00e9e en Iran [4]. Deux jours plus tard, elles d\u00e9cident notamment d\u2019imposer la fermeture des \u00e9tablissements scolaires, des universit\u00e9s et des instituts publics et priv\u00e9s, nationaux et \u00e9trangers. Comme d\u2019autres institutions, le CEFAS a donc \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 au public. Progressivement, les mesures se sont durcies [5]. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris (30 avril 2020), le pays est confin\u00e9, l\u2019activit\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9duite, l\u2019a\u00e9roport ferm\u00e9 (depuis le 13 mars), des quartiers ferm\u00e9s (Mahbula, Jleb al-Shuwaykh), etc. Le couvre-feu dit \u00ab partiel \u00bb instaur\u00e9 le 24 mars (de 17h \u00e0 4h du matin) a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu. Pendant Ramadan, qui a d\u00e9but\u00e9 le 24 avril, toute sortie est interdite de 16h \u00e0 8h du matin.<\/p>\n<p>Tous les pays de la p\u00e9ninsule Arabique n\u2019ont pas r\u00e9agi avec la m\u00eame c\u00e9l\u00e9rit\u00e9. Mais tous ont fini par peu ou prou s\u2019aligner sur le Kowe\u00eft. Le Y\u00e9men fait exception, m\u00eame si des mesures qui apparaissent d\u00e9risoires \u00e0 nombre de y\u00e9m\u00e9nites, vu la situation du pays, ont aussi fini par \u00eatre prises [6]. En outre, dans une certaine mesure, Bahre\u00efn se distingue ; les autorit\u00e9s y ont opt\u00e9 pour un confinement moins marqu\u00e9. Isolement de quartiers dits \u00e0 forte densit\u00e9 (comme Mutrah \u00e0 Mascate) ; a\u00e9roports totalement ou partiellement ferm\u00e9s ; couvre-feu (si ce n\u2019est \u00e0 Bahre\u00efn) ; interruption de l\u2019activit\u00e9 dite \u00ab non essentielle \u00bb ; rapatriement et\/ou expulsion de travailleurs immigr\u00e9s ; etc. : les strat\u00e9gies adopt\u00e9es se ressemblent, m\u00eame si elles sont diversement d\u00e9clin\u00e9es en fonction des enjeux sanitaires, politiques et \u00e9conomiques les plus pr\u00e9gnants. Ainsi, Bahre\u00efn a tent\u00e9 de pr\u00e9server une \u00e9conomie d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es en laissant l\u2019a\u00e9roport fonctionner, f\u00fbt-ce partiellement, et en laissant, pendant un temps, les magasins ouverts. Aux \u00c9mirats arabes unis, Duba\u00ef a d\u00e9cid\u00e9 de relancer l\u2019activit\u00e9 d\u00e8s le premier jour du Ramadan.<\/p>\n<p>Outre la mise en place des pr\u00e9cautions sanitaires visant \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 de tous ses agents et \u00e9tudiants (Fig. 1), l\u2019un des enjeux imm\u00e9diats, pour le CEFAS, a \u00e9t\u00e9 de g\u00e9rer leur diss\u00e9mination : plusieurs d\u2019entre eux \u00e9taient en mission dans la p\u00e9ninsule. Ceux qui y r\u00e9sident \u00e9taient dans l\u2019impossibilit\u00e9 de rentrer au Kowe\u00eft, qui avait ferm\u00e9 ses fronti\u00e8res. Ils risquaient de ne plus pouvoir quitter les pays o\u00f9 ils se trouvaient pendant de longues semaines voire, pour qui connaissait la r\u00e9gion, de longs mois. D\u00e8s lors, leur retour en France a \u00e9t\u00e9 rapidement mis en \u0153uvre. Tous ont pu y retourner avant que l\u2019ensemble de la p\u00e9ninsule Arabique ne se transforme en forteresse assi\u00e9g\u00e9e par le COVID-19.<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache.jpg\" alt=\"\" width=\"531\" height=\"379\" class=\"alignnone size-full wp-image-9438\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache.jpg 531w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache-300x214.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache-345x245.jpg 345w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache-415x296.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache-250x178.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 531px) 100vw, 531px\" \/><br \/>\nS\u2019adapter<br \/>\n\u00c0 dire vrai, le CEFAS n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilis\u00e9. Il faut dire que l\u2019institution et son personnel poss\u00e8dent une exp\u00e9rience sans pareille des situations de crise et des changements qui en d\u00e9coulent. La guerre au Y\u00e9men, o\u00f9 le CEFAS a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 (en 1982), o\u00f9 il est toujours administrativement bas\u00e9, o\u00f9 l\u2019un de ses chercheurs travaille et o\u00f9 il continue \u00e0 mener des projets avec ses partenaires locaux ; le d\u00e9part de ce pays et le d\u00e9m\u00e9nagement temporaire \u00e0 Djeddah (2013-2015) ; la r\u00e9duction drastique de ses moyens humains et financiers ; la cr\u00e9ation de l\u2019antenne du Kowe\u00eft et son installation r\u00e9ussie dans ce pays (depuis fin 2015) ; la reconstitution progressive (et encore trop partielle) de son \u00e9quipe ; l\u2019expansion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle p\u00e9ninsulaire (acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e depuis 2017)\u2026 : ces \u00e9v\u00e8nements et d\u00e9cisions, qui ont pu menacer jusqu\u2019\u00e0 son existence et\/ou l\u2019\u00e9branler, l\u2019ont aussi conduit \u00e0 se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>Le CEFAS, qui a longtemps travaill\u00e9 dans et sur le seul Y\u00e9men, a donc mis en place les conditions lui permettant d\u2019\u0153uvrer dans sept pays dans des contextes socio-politiques parfois difficiles et avec des moyens financiers limit\u00e9s. En particulier, son personnel sait combiner le travail \u00e0 distance au pr\u00e9sentiel sans jamais rien c\u00e9der \u00e0 l\u2019exigence. Cela n\u2019est jamais simple \u2013combien d\u2019administrations, trop proc\u00e9duri\u00e8res et scl\u00e9ros\u00e9es par un manque de souplesse et une frilosit\u00e9 machinale, se sont montr\u00e9es insuffisamment pr\u00e9par\u00e9es aux changements (parfois rapides) qui s\u2019imposent ? Cela n\u2019est jamais simple d\u2019autant plus lorsqu\u2019on op\u00e8re dans des zones o\u00f9 les connexions internet (et m\u00eame parfois t\u00e9l\u00e9phoniques) sont al\u00e9atoires. L\u2019essentiel est de baser les relations professionnelles sur la confiance et l\u2019exigence. Car comment croire que le travail \u00e0 distance puisse \u00eatre efficace sans un management fond\u00e9 sur la responsabilisation, la confiance et l\u2019exigence ?<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la crise du COVID-19, le CEFAS a donc continu\u00e9 son activit\u00e9 et \u00e0 la faire \u00e9voluer en fonction de l\u2019actualit\u00e9. Il est ferm\u00e9 au public ; seul le directeur et, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, certains agents, y sont pr\u00e9sents. En effet, le CEFAS est aussi un lieu qui exige d\u2019\u00eatre entretenu. Les chercheurs, \u00e9tudiants et stagiaires qui y logent doivent l\u2019\u00eatre dans les meilleures conditions possibles, en temps de confinement ou non.<\/p>\n<p>La gestion du quotidien est devenue plus compliqu\u00e9e. L\u2019approvisionnement en eau, les r\u00e9parations de plomberie, le renouvellement de l\u2019abonnement Internet, l\u2019entretien du jardin, le nettoyage du b\u00e2timent\u2026 exigent patience et parfois ing\u00e9niosit\u00e9. En mati\u00e8re scientifique, la crise a \u00e9videmment eu pour cons\u00e9quence d\u2019interrompre tous les chantiers arch\u00e9ologiques dont le CEFAS est partie prenante, les missions des chercheurs et des \u00e9tudiants, ainsi que les enqu\u00eates qui exigent une pr\u00e9sence physique. Elle ralentit le travail de fourmi qui permet de construire des relations de confiance avec les acteurs de la recherche. Chacun sait qu\u2019il est vain d\u2019esp\u00e9rer \u0153uvrer dans les soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9ninsulaires avec quelque efficacit\u00e9 sans une connaissance approfondie des hommes et des institutions. Le contact doit \u00eatre le plus r\u00e9gulier possible. Le t\u00e9l\u00e9phone et la visioconf\u00e9rence, voire le m\u00e9l et la communication via les r\u00e9seaux sociaux, ont d\u00fb prendre le relais. Les chercheurs et les \u00e9tudiants du CEFAS continuent \u00e0 quotidiennement \u00e9changer avec leurs coll\u00e8gues p\u00e9ninsulaires. Une fois le choc du confinement pass\u00e9, la plupart d\u2019entre eux se sont pos\u00e9s en observateurs attentifs, bien que souvent peu diserts autrement que lors de conversations priv\u00e9es, de la crise. Pis-aller certes. Mais le propre du chercheur n\u2019est-il pas de s\u2019accommoder des contraintes, d\u2019autant plus dans la p\u00e9ninsule Arabique, o\u00f9 le philologue a l\u2019habitude, pour avancer ses travaux, de se procurer des copies de manuscrits qu\u2019il n\u2019aura jamais l\u2019occasion de manipuler car ils sont inaccessibles ? Pensons aussi au sociologue ou au politiste qui s\u2019affranchissent des questionnaires pr\u00e9\u00e9tablis afin de ne pas heurter la sensibilit\u00e9 de leurs interlocuteurs mais n\u2019en poursuivent pas moins patiemment leur but.<\/p>\n<p>Quant aux \u00e9v\u00e8nements scientifiques et aux cycles de conf\u00e9rence, certains ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9s, d\u2019autres r\u00e9orient\u00e9s, d\u2019autres encore reconfigur\u00e9s. En effet, le CEFAS et ses partenaires ont saisi l\u2019opportunit\u00e9 de se lancer dans l\u2019organisation d\u2019E-manifestations. D\u2019ailleurs, depuis deux ans au moins, des chercheurs du CEFAS conscients des co\u00fbts (humain, carbone, financier) inh\u00e9rents \u00e0 la participation \u00e0 des colloques et \u00e0 des r\u00e9unions, proposent d\u2019y participer \u00e0 distance. D\u00e9j\u00e0, en d\u00e9cembre 2019, le comit\u00e9 \u00e9ditorial de la revue du CEFAS, Arabian Humanities, s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 en visioconf\u00e9rence. C\u2019est donc bien volontiers que le CEFAS et ses partenaires ont d\u00e9cid\u00e9 de transformer en E-Workshop la manifestation (pilot\u00e9e au CEFAS par Fr\u00e9d\u00e9ric Lagrange), pr\u00e9vue initialement en avril 2020, sur l\u2019onomastique et la toponymie dans les centres urbains de la p\u00e9ninsule Arabique. Il se tiendra le 20 novembre 2020 (Fig. 2 et https:\/\/cefas.cnrs.fr\/spip.php?article756).<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache1.jpg\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"385\" class=\"alignnone size-full wp-image-9444\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache1.jpg 510w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache1-300x226.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache1-415x313.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache1-250x189.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><\/p>\n<li>R\u00e9fl\u00e9chir collectivement<\/li>\n<p>L\u2019\u00e9quipe du CEFAS s\u2019est aussi attach\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la crise COVID-19 : \u00e0 sa gestion et \u00e0 ses cons\u00e9quences \u00e0 court et \u00e0 long terme, dans des soci\u00e9t\u00e9s trop souvent caricatur\u00e9es en Europe et dans le monde, sans doute du fait de la permanence de repr\u00e9sentations anciennes mais aussi parce que les \u00e9tudes de terrain, celles que le CEFAS promeut, y sont encore trop rares : trop \u00ab d\u2019experts \u00bb dont la voix porte en France et parfois en Europe connaissent mal les hommes et les soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9ninsulaires, notamment parce qu\u2019ils s\u2019y rendent pas ou trop peu souvent, et\/ou qu\u2019ils n\u2019ont pas m\u00eame une pratique d\u00e9butante de la langue arabe.<\/p>\n<p>Le CEFAS a mobilis\u00e9 son \u00e9quipe et le r\u00e9seau de chercheurs associ\u00e9s qu\u2019il avait sagement d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er il y a plus de dix ans, alors m\u00eame que le surgissement de la guerre au Y\u00e9men lui imposait de se repenser. Port\u00e9 par un \u00ab id\u00e9al intellectuel collectif \u00bb (Pierre Bourdieu), le centre ne cesse, depuis trois ans, de l\u2019\u00e9largir en y int\u00e9grant des chercheurs p\u00e9ninsulaires.<\/p>\n<p>Tous les chercheurs sont conscients que le temps de la recherche n\u2019est pas celui, ou du moins pas seulement, celui de la r\u00e9action imm\u00e9diate. D\u00e9limiter un objet d\u2019\u00e9tude en essayant (croyons-y !) de se garder des sch\u00e8mes cognitifs dont ils h\u00e9ritent et des a priori id\u00e9ologiques qui les guident ; effectuer aussi, au moins discr\u00e8tement lorsque la pression \u00e9tatique est trop forte, un \u00ab pas de c\u00f4t\u00e9 \u00bb (Michel de Certeau) vis-\u00e0-vis des institutions o\u00f9 ils exercent leur m\u00e9tier et qui les r\u00e9tribuent ; tenir compte des sensibilit\u00e9s qui traversent les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 ils op\u00e8rent et qu\u2019ils \u00e9tudient sans pour autant sacrifier \u00e0 l\u2019exigence scientifique qui les porte ni verser dans l\u2019autocensure ; formuler donc en conscience des hypoth\u00e8ses de travail ; rassembler une documentation et mener des enqu\u00eates de terrain ; r\u00e9orienter si n\u00e9cessaire les hypoth\u00e8ses formul\u00e9es \u00e0 l\u2019aune des premiers r\u00e9sultats&#8230; : l\u2019homo academicus qui travaille dans et sur la p\u00e9ninsule Arabique est tributaire d\u2019une d\u00e9marche et de pr\u00e9cautions m\u00e9thodologiques et politiques qui doivent th\u00e9oriquement lui permettre de travailler dans la meilleure des qui\u00e9tudes possibles, et de ne pas verser dans \u00ab l\u2019expertise \u00bb \u00e0 tout crin ni jouer \u00e0 \u00ab pr\u00e9voir la gloire ou la catastrophe \u00bb (C. Wright Mills [7]) dont tous les sp\u00e9cialistes du monde arabe connaissent les d\u00e9rives. Chacun a en m\u00e9moire les discours simplistes et les aveuglements qui ont trop souvent conduit \u00e0 m\u00e9sinterpr\u00e9ter les mouvements commun\u00e9ment rassembl\u00e9s sous l\u2019appellation de \u00ab printemps arabes \u00bb et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les reconfigurations g\u00e9opolitiques et les transformations culturelles, sociales et \u00e9conomiques qui depuis des d\u00e9cennies violentent et transforment en profondeur l\u2019Orient arabe.<\/p>\n<p>Les chercheurs savent aussi qu\u2019ils sont des observateurs privil\u00e9gi\u00e9s des \u00e9volutions soci\u00e9tales que leur formation, leurs travaux pass\u00e9s et en cours, ainsi que plus g\u00e9n\u00e9ralement leur pratique quotidienne du monde arabe, leur permettent d\u2019appr\u00e9hender avec quelque pertinence. Cette exp\u00e9rience est pr\u00e9cieuse. Pour l\u2019heure, ils partagent leurs impressions et leurs analyses lors d\u2019une E-r\u00e9union hebdomadaire consacr\u00e9e \u00e0 crise du COVID-19 et \u00e0 ses r\u00e9percussions. Elle r\u00e9unit l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe et, lorsque cela est possible, des doctorants et des chercheurs associ\u00e9s.<br \/>\nLe CEFAS a pris d\u2019autres initiatives. Les r\u00e9orientations des travaux des chercheurs vont de soi : comment pourraient-ils ne pas tenir compte des bouleversements auxquels ils assistent ? La crise du COVID-19 est un \u00ab fait social total \u00bb (comme aime \u00e0 le rappeler Laurent Bonnefoy, chercheur au CEFAS) qui ne peut que stimuler la communaut\u00e9 scientifique. D\u2019ailleurs, ils ont aussi r\u00e9fl\u00e9chi aux projets sp\u00e9cifiques qui pourraient \u00eatre lanc\u00e9s, en particulier des enqu\u00eates sur la spatialit\u00e9 du virus ou sur ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques et ses r\u00e9percussions sur la relation \u00e0 la mondialisation des pays du Conseil de Coop\u00e9ration des \u00c9tats Arabes du Golfe (CCEAG). En outre, le CEFAS a d\u00e9cid\u00e9 de mettre en place un E-s\u00e9minaire, dont la premi\u00e8re s\u00e9ance est pr\u00e9vue le 5 mai. Les autres UMIFRE du monde arabe ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es \u00e0 y participer et \u00e0 le co-organiser. SOCOSMA (S\u00e9minaire d\u2019Observation du Covid-19 dans les Soci\u00e9t\u00e9s du Monde Arabe), qui est pilot\u00e9 par deux chercheurs du CEFAS (Fr\u00e9d\u00e9ric Lagrange et Laurent Bonnefoy), est donc un s\u00e9minaire r\u00e9gional appel\u00e9 \u00e0 devenir un des lieux o\u00f9 la gestion et les cons\u00e9quences de la crise du COVID-19 dans le monde arabe sont analys\u00e9es avec les pr\u00e9cautions m\u00e9thodologiques que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9es. Enfin, l\u2019\u00e9quipe du CEFAS s\u2019est lanc\u00e9 dans la publication de billets du type de celui que je r\u00e9dige (COVID-19 in the Arabian Peninsula. Researchers facing a crisis) et d\u2019articles d\u2019analyse et de prospective \u00e0 large diffusion, en partenariat avec Orient XXI.<\/p>\n<p>D\u2019autres institutions p\u00e9ninsulaires essaient de contribuer \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne COVID-19. Il n\u2019y a pas lieu ici \u00e0 les \u00e9num\u00e9rer. Contentons-nous donc de deux exemples. Le premier concerne le Markaz al-\u01e6az\u012bra li-l-dir\u0101s\u0101t (Doha, Qatar), qui a organis\u00e9, le 7 avril, une conf\u00e9rence sur \u00ab La crise du Corona et ses r\u00e9percussions \u00e9conomiques dans l\u2019aire arabe \u00bb (Fig. 3). Le second renvoie \u00e0 une entreprise plus ambitieuse : les 20 et 21 avril, le D\u00e9partement d\u2019histoire et d\u2019arch\u00e9ologie de l\u2019universit\u00e9 du Kowe\u00eft a organis\u00e9 son premier E-colloque international, intitul\u00e9 \u00ab Les \u00e9pid\u00e9mies \u00e0 travers l\u2019histoire \u00bb (al-Awbi\u2019a \u2018abr al-ta\u2019r\u012b\u1e2b).<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache3.png\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"232\" class=\"alignnone size-full wp-image-9447\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache3.png 510w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache3-300x136.png 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache3-415x189.png 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache3-250x114.png 250w\" sizes=\"(max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><br \/>\nVoir et faire voir<\/p>\n<p>Temporalit\u00e9s<br \/>\nLes organisateurs du E-colloque de l\u2019universit\u00e9 du Kowe\u00eft ont choisi de se d\u00e9centrer et d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion sur la crise actuelle \u00e0 partir d\u2019\u00e9tudes sur les pand\u00e9mies du pass\u00e9. Une telle d\u00e9marche est assez commune et scientifiquement justifi\u00e9e, m\u00eame s\u2019il faut \u00e9videmment se d\u00e9fier de toute tentation \u00e0 \u00ab l\u2019historisme \u00bb que Nietzche vilipendait tant [8]. Toutefois, comment appr\u00e9hender un ph\u00e9nom\u00e8ne comme la crise que nous vivons autrement que dans ses diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s ? Certes, \u00e0 l\u2019image du savant polymathe al-Maqr\u012bz\u012b (m. 1442) s\u2019interrogeant sur la crise qui touche l\u2019\u00c9gypte en 806 de l\u2019h\u00e9gire (1403-1404), il est difficile, lorsqu\u2019on r\u00e9agit \u00ab \u00e0 chaud \u00bb, de ne pas penser un tel \u00e9v\u00e8nement comme une rupture, soit une coupure brutale dans l\u2019histoire de la p\u00e9ninsule Arabique et \u00e9videmment du monde auquel elle est tant connect\u00e9e. L\u0101 ta\u2018\u016bd al-um\u016br kam\u0101 k\u0101nat s\u0101biqan (\u00ab Plus rien ne sera comme avant \u00bb), se sont d\u2019abord empress\u00e9s de r\u00e9p\u00e9ter, avec espoir mais non sans aussi, parfois, une pointe d\u2019inqui\u00e9tude, mes coll\u00e8gues p\u00e9ninsulaires. Pourtant, al-Maqr\u012bz\u012b lui-m\u00eame avait fini par proposer une interpr\u00e9tation au long cours du ph\u00e9nom\u00e8ne qui l\u2019avait tant perturb\u00e9 [9] et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, par reconna\u00eetre que les soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e9voluent beaucoup plus lentement que les hommes peuvent l\u2019esp\u00e9rer, et pas toujours comme ils le souhaitent.<\/p>\n<p>Truismes<br \/>\nLa crise du COVID-19 doit donc \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans son imm\u00e9diatet\u00e9 mais aussi dans un temps plus long, en s\u2019appuyant sur la meilleure connaissance possible des soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019elle touche, et \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles spatiales, locale, nationale, r\u00e9gionale et internationale. \u00c0 vrai dire, ce constat tient du truisme ; il vaut pour les soci\u00e9t\u00e9s de la p\u00e9ninsule Arabique comme pour l\u2019ensemble des soci\u00e9t\u00e9s humaines. Elles ne r\u00e9agissent qu\u2019en fonction de leurs possibilit\u00e9s qui sont d\u00e9termin\u00e9es par leur \u00e9tat lorsque la crise surgit.<\/p>\n<p>Autre truisme : la crise est un r\u00e9v\u00e9lateur sans pareil des dynamiques, des forces et des faiblesses qui caract\u00e9risent les soci\u00e9t\u00e9s, dont il faut \u00e9videmment toujours rappeler que leur appartenance \u00e0 une m\u00eame aire culturelle ne les rend pas pour autant uniformes. Dans le cas de la p\u00e9ninsule Arabique, leur diversit\u00e9 peut sauter aux yeux, m\u00eame s\u2019il est difficile de nier qu\u2019elles ont bien des traits communs. Toutes n\u2019ont pas r\u00e9agi en m\u00eame temps et de fa\u00e7on identique \u00e0 la diffusion du COVID-19. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 que le Kowe\u00eft a \u00e9t\u00e9 le premier pays \u00e0 prendre des mesures de strict confinement des populations et de r\u00e9duction de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et culturelle. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, les \u00c9mirats arabes unis ont assoupli les mesures d\u2019isolement et de confinement depuis le d\u00e9but du Ramadan, alors que le Kowe\u00eft a au contraire \u00e9tendu le couvre-feu.<\/p>\n<p>Des r\u00e9ponses nationales<br \/>\nD\u2019ailleurs, la r\u00e9ponse au COVID-19 a \u00e9t\u00e9 et est toujours avant tout nationale, la crise confirmant comme en Europe l\u2019affaiblissement et l\u2019impuissance des organisations supranationales, en l\u2019occurrence le CCEAG, que la guerre au Y\u00e9men et le blocus du Qatar par l\u2019Arabie saoudite et ses alli\u00e9s avaient d\u00e9j\u00e0 mis en lumi\u00e8re. Cependant, quelques initiatives r\u00e9gionales ont \u00e9t\u00e9 prises, notamment en mati\u00e8re \u00e9conomique. Il faut dire que le cocktail \u00ab effondrement du prix du p\u00e9trole\/mise en sommeil de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique \u00bb s\u2019av\u00e8re explosif. Il a m\u00eame pu provoquer (comme ailleurs dans le monde) une certaine panique dans les milieux financiers p\u00e9ninsulaires qui plus encore que lors de la crise bancaire et financi\u00e8re de 2008, se demandent si les fondements du syst\u00e8me \u00e9conomique mondialis\u00e9 dont ils sont partie prenante ne va pas s\u2019\u00e9crouler [10]. Leur anxi\u00e9t\u00e9 est patente. Il para\u00eet difficile aux hommes et aux femmes de ce milieu (comme \u00e0 tout individu plus ou moins enferm\u00e9 dans ses sch\u00e8mes cognitifs) d\u2019imaginer d\u2019autres structures \u00e9conomiques que celles qu\u2019ils connaissent.<\/p>\n<p>Des concertations ont aussi \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9es en mati\u00e8re sanitaire. Une instance r\u00e9gionale, le Ma\u01e7lis al-\u1e63i\u1e25\u1e25a li-duwal ma\u01e7lis al-ta\u2018\u0101wun (officiellement traduit en anglais par : \u00ab Health Gulf Council \u00bb), qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1976 et affiche une volont\u00e9 de mettre en place une strat\u00e9gie unitaire en mati\u00e8re de sant\u00e9 (Fig. 4), d\u00e9ploie une communication sur le COVID-19 qui met par exemple l\u2019accent sur la gratuit\u00e9 des soins offerte \u00e0 tous les habitants [11].<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache4.jpg\" alt=\"\" width=\"454\" height=\"179\" class=\"alignnone size-full wp-image-9450\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache4.jpg 454w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache4-300x118.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache4-415x164.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache4-250x99.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><br \/>\nDes syst\u00e8mes de sant\u00e9 in\u00e9gaux<br \/>\nDans une certaine mesure, la crise met \u00e0 nu les soci\u00e9t\u00e9s, ou plut\u00f4t d\u00e9note leur degr\u00e9 de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et leur capacit\u00e9 de r\u00e9action. Il va de soi que les choix effectu\u00e9s dans la p\u00e9ninsule Arabique s\u2019expliquent notamment par les ressources des diff\u00e9rents pays, et par leurs structures \u00e9conomiques et sociales. Comme en Europe, o\u00f9 l\u2019Allemagne dispose de structures hospitali\u00e8res plus solides que la France, l\u2019Italie ou l\u2019Espagne parce qu\u2019elles n\u2019y ont pas subi les m\u00eames politiques de r\u00e9duction des d\u00e9penses, les syst\u00e8mes m\u00e9dicaux y sont in\u00e9gaux, notamment parce que les investissements (qui certes y ont presque partout \u00e9t\u00e9 importants pour la m\u00e9decine dite de confort) y ont \u00e9t\u00e9 variables.<\/p>\n<p>Ravag\u00e9 par la guerre et ses terribles effets sanitaires et humanitaires, le Y\u00e9men ne peut \u00eatre compar\u00e9 aux six autres pays, dont les autorit\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement conscientes que les d\u00e9penses de sant\u00e9 par habitant y demeurent insuffisantes, mais o\u00f9 les situations sont variables : le nombre de lits d\u2019h\u00f4pitaux pour 1000 habitants varie de plus de 55% d\u2019Arabie saoudite en Oman [12]. Des projets strat\u00e9giques y ont r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s, qui pr\u00e9voient g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019augmenter les investissements en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique. Ainsi, en Oman, un des objectifs affich\u00e9s par le projet al-\u1e62i\u1e25\u1e25a 2050 (\u00ab Sant\u00e9 2050 \u00bb) est de faire cro\u00eetre les budgets de sant\u00e9 (ziy\u0101dat tamw\u012bl al-ni\u1e93\u0101m al-\u1e63i\u1e25\u1e25\u012b) [13].<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat en question ?<br \/>\nNe perdons pas de vue, aussi, que ces choix sont aussi culturels et politiques. Les soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9ninsulaires sont engag\u00e9es depuis plusieurs d\u00e9cennies dans des processus de construction identitaires que les \u00c9tats s\u2019attachent \u00e0 ma\u00eetriser en tentant d\u2019\u00e9viter qu\u2019ils d\u00e9bouchent sur une perte g\u00e9n\u00e9rale de rep\u00e8res synonyme de remise en cause de l\u2019ordre social et politique, l\u2019affadissement des solidarit\u00e9s et la fragmentation sociale. L\u2019avenir dira si la crise du COVID-19 aura pour cons\u00e9quence de renforcer les \u00c9tats ou si, comme Naomi Klein l\u2019a postul\u00e9 pour d\u2019autres \u00ab chocs \u00bb, de les affaiblir et de donner l\u2019occasion d\u2019imposer des r\u00e9formes ultralib\u00e9rales qui r\u00e9duisent leur champ d\u2019action [14].<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, les \u00c9tats d\u00e9ploient d\u2019importants efforts pour g\u00e9rer la crise et appara\u00eetre d\u2019une part comme transparents, d\u2019autre part comme les garants de la coh\u00e9sion nationale et de la protection des citoyens et de l\u2019ensemble des habitants. Les citoyens install\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ne sont pas oubli\u00e9s \u2013leur rapatriement est organis\u00e9 par les \u00c9tats. M\u00eame si elles semblent parfois consult\u00e9es (ainsi en Oman), les autorit\u00e9s religieuses s\u2019effacent devant le pouvoir politique. La crise ne para\u00eet pas provoquer de v\u00e9ritable interrogation\/d\u00e9bat sur le poids de l\u2019\u00c9tat et les r\u00e9formes que les organisations internationales comme la Banque mondiale appellent de leurs v\u0153ux : celle de l\u2019\u00c9tat mais aussi celle d\u2019un secteur priv\u00e9 largement domin\u00e9 par le syst\u00e8me des monopoles d\u2019importation (parfois dit wik\u0101la) [15]. Pourtant, les cons\u00e9quences \u00e9conomiques induites (ou potentiellement induites) par la crise du COVID-19 et par l\u2019effondrement du prix du p\u00e9trole sont largement comment\u00e9es. Les petites entreprises et les commerces, qui contribuent il est vrai peu aux richesses nationales, sont sous pression. Les faillites menacent ; dans tel ou tel pays, le secteur bancaire r\u00e9fl\u00e9chit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9finir lesquels seront sacrifi\u00e9s. On r\u00e9affirme ponctuellement que les grands plans de modernisation et de transformation de l\u2019\u00e9conomie lanc\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es ne seront pas remis en cause voire acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. Des plans de soutien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et la cr\u00e9ation de fonds sp\u00e9ciaux ont \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9s et\/ou discut\u00e9s, mais leur mise en \u0153uvre n\u2019est pas toujours ais\u00e9e et peut \u00eatre retard\u00e9e. Au Kowe\u00eft, le parlement est consult\u00e9 et discute vigoureusement les plans de r\u00e9duction du d\u00e9ficit. La presse y rapporte r\u00e9guli\u00e8rement les annonces gouvernementales et les tensions que g\u00e9n\u00e8rent les modalit\u00e9s d\u2019utilisation des r\u00e9serves financi\u00e8res.<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019il s\u2019agit de rassurer des hommes et des femmes forc\u00e9ment inquiets voire d\u00e9sorient\u00e9s devant la disparition r\u00e9elle ou potentielle de centaines de milliers d\u2019emplois et l\u2019atomisation de facto des relations sociales. Th\u00e9oriquement, le confinement resserre les liens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cercle familial. Mais il r\u00e9duit les relations entre les groupes sociaux. On r\u00e9organise son calendrier et ses activit\u00e9s. Les plus fortun\u00e9s se sont install\u00e9s dans les demeures qu\u2019ils poss\u00e8dent loin de la ville. Des tentatives de mettre en \u0153uvre des formes de d\u012bw\u0101niyya et\/ou de rabga virtuelles sont signal\u00e9es au Kowe\u00eft. Partout, les r\u00e9unions de travail virtuelles ont tendance \u00e0 devenir la norme parmi les cadres et dans les universit\u00e9s et les \u00e9coles qui ont fini par mettre en place l\u2019E-enseignement. Il est possible que cela ait pour cons\u00e9quence d\u2019imposer une transformation des r\u00e8gles en cours (et donc une lib\u00e9ralisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ?) en mati\u00e8re de communication virtuelle, l\u2019utilisation de certaines applications \u00e9tant interdites dans certains pays (cette question est en cours d\u2019\u00e9tude par Fr\u00e9d\u00e9ric Lagrange, chercheur au CEFAS). La pratique de la marche ou d\u2019un autre sport individuel \u00e0 domicile ou pendant les heures de sortie autoris\u00e9e para\u00eet conna\u00eetre un succ\u00e8s grandissant. Il faut bien passer le temps et calmer ses angoisses.<\/p>\n<p>Des sociabilit\u00e9s r\u00e9duites \u00e0 peau de chagrin<br \/>\nLes \u00c9tats s\u2019attachent \u00e0 les calmer ; parfois, le secteur priv\u00e9 met la main \u00e0 la p\u00e2te (Fig. 5). Les \u00c9tats ont mis en place une communication sur le COVID-19 et sa gestion qui s\u2019est rapidement impos\u00e9e comme incontournable. La communication gouvernementale donne le ton. Chaque jour, des chiffres sont \u00e9gren\u00e9s sur les sites gouvernementaux et les r\u00e9seaux sociaux ; ils sont soigneusement repris par la presse.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5.jpg\" alt=\"\" width=\"553\" height=\"1028\" class=\"alignnone size-full wp-image-9453\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5.jpg 553w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5-161x300.jpg 161w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5-551x1024.jpg 551w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5-415x771.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache5-250x465.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 553px) 100vw, 553px\" \/><br \/>\nIl semble que l\u2019activit\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux se soit r\u00e9duite et norm\u00e9e, ou du moins ait \u00e9volu\u00e9. Par exemple, les \u00ab posts \u00bb et autres mal\u00e9fices virtuels d\u00e9di\u00e9s au coronavirus qui prennent le ton de l\u2019humour ont, au d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie surtout, fait flor\u00e8s. Cependant, la cessation d\u2019activit\u00e9, le confinement et le choc psychologique qu\u2019ils induisent, semblent bien avoir r\u00e9duit l\u2019expression collective, m\u00eame sur les r\u00e9seaux sociaux. Il faut dire que tous les espaces de sociabilit\u00e9, m\u00eame virtuels, se sont restreints. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments d\u2019explications peuvent \u00eatre avanc\u00e9s. Cela pourrait simplement s\u2019expliquer par l\u2019effet dissuasif des arsenaux juridiques d\u00e9ploy\u00e9s par tous les \u00c9tats pour lutter contre les \u00ab fake-news \u00bb. Cependant, il faut aussi se demander s\u2019il ne faut pas simplement y voir un signe du consentement (et de l\u2019efficacit\u00e9 de sa \u00ab fabrique \u00bb) au moins d\u2019une partie des habitants (et plus particuli\u00e8rement dans certains pays, comme Oman) qui adh\u00e8rent \u00e0 une forme \u00ab d\u2019union sacr\u00e9e \u00bb. Enfin, il y a bien des mani\u00e8res d\u2019interpr\u00e9ter les silences, qui peuvent d\u00e9noter l\u2019attentisme et l\u2019anesth\u00e9sie, l\u2019adh\u00e9sion (m\u00eame temporaire) ou tout au contraire la peur voire la d\u00e9fiance de minorit\u00e9s, qui en Arabie saoudite sont nombreuses dans les r\u00e9gions qui ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res \u00e0 \u00eatre confin\u00e9es.<\/p>\n<p>Pourtant, au d\u00e9but de la crise, si ce n\u2019est encore une fois au Y\u00e9men (qui de toute fa\u00e7on n\u2019\u00e9tait pas encore affect\u00e9 par le COVID-19), on n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 r\u00e9affirmer sa confiance en la capacit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 \u00e0 faire face. Citoyens et \u00e9trangers s\u2019accordaient \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019ailleurs, en Europe surtout, la situation \u00e9tait bien plus inqui\u00e9tante. De tels discours subsistent m\u00eame si dans la p\u00e9ninsule Arabique comme ailleurs, des interrogations se font jour, notamment quant aux strat\u00e9gies et aux protocoles m\u00e9dicaux mis en \u0153uvre et \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me dont on connait les manques \u00e0 lutter contre le fl\u00e9au au b\u00e9n\u00e9fice de tous. D\u2019o\u00f9 parfois le recours \u00e0 des m\u00e9decines parall\u00e8les et\/ou au divin. C\u2019est que comme en d\u2019autres temps et en d\u2019autres lieux, la pand\u00e9mie peut ronger les \u00e2mes jusqu\u2019\u00e0 conduire au suicide (quelques cas de personnes ne supportant pas d\u2019\u00eatre infect\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s). La peur devient diffuse. Elle peut provoquer un repli sur soi, sa famille, sa communaut\u00e9. Le racisme surgit alors, virulent, d\u00e9signant les \u00e9trangers comme responsables de la diffusion du virus. De telles accusations ont \u00e9t\u00e9 parfois prof\u00e9r\u00e9es dans la p\u00e9ninsule Arabique. Elles sont d\u00e9nonc\u00e9es par les autorit\u00e9s qui rappellent l\u2019existence d\u2019une l\u00e9gislation coercitive (ainsi aux \u00c9mirats arabes unis) ou r\u00e9affirment simplement lutter contre ce fl\u00e9au. La presse publie aussi des articles et des tribunes sur le sujet, voire organise des d\u00e9bats pendant lesquels on s\u2019interroge volontiers sur les racines d\u2019un mal ancien, dont des \u00e9changes sur les r\u00e9seaux sociaux montrent qu\u2019il peut \u00eatre profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 [16].<\/p>\n<p>L\u2019in\u00e9galit\u00e9 face au COVID-19<br \/>\nCar il faut se souvenir que les citoyens sont minoritaires dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9ninsulaires. L\u00e0 encore, d\u00e8s le d\u00e9clenchement de la crise, l\u2019\u00e9vidence ne pouvait que s\u2019imposer : un des enjeux majeurs qu\u2019elle allait v\u00e9hiculer \u00e9tait celui de la gestion des immigr\u00e9s de travail non europ\u00e9ens, souvent dits \u00ab expatri\u00e9s \u00bb dans la r\u00e9gion, qui vivent largement dans des espaces distincts, \u00e0 forte densit\u00e9 et dans des conditions sanitaires susceptibles de faciliter la diffusion du virus. \u00c0 des degr\u00e9s certes divers, les soci\u00e9t\u00e9s du CCEAG sont multiethniques et multiculturelles. L\u2019arabe y est la langue officielle, l\u2019anglais une langue de communication tr\u00e8s pratiqu\u00e9e, mais d\u2019autres langues et dialectes y ont cours, urdu, cingalais, pachtou, etc. (Fig. 6).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache6.jpg\" alt=\"\" width=\"354\" height=\"472\" class=\"alignnone size-full wp-image-9456\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache6.jpg 354w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache6-225x300.jpg 225w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache6-250x333.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 354px) 100vw, 354px\" \/><br \/>\nLes immigr\u00e9s de travail non europ\u00e9ens, regroup\u00e9s en communaut\u00e9s peu poreuses, ont d\u00e9velopp\u00e9 leurs propres r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, qui sont mis \u00e0 mal par la crise et le confinement. Ils disposent aussi de leurs propres canaux de communication, tout particuli\u00e8rement sur les r\u00e9seaux sociaux. Ils y expriment leurs propres angoisses, qui sont d\u2019autant plus exponentielles lorsque leurs sources de revenus disparaissent et qu\u2019ils ne peuvent plus payer de loyer. En outre, ils constatent que les chiffres publi\u00e9s par les autorit\u00e9s montrent qu\u2019ils sont les plus touch\u00e9s par le virus. Ainsi, aux \u00c9mirats arabes unis, \u00e0 Bahre\u00efn ou au Kowe\u00eft, la grande majorit\u00e9 des hommes et des femmes ayant contract\u00e9 le COVID-19 sont des \u00e9trangers. Il est vrai qu\u2019ils y constituent largement la majorit\u00e9 de la population. En revanche, cela n\u2019est pas le cas en Arabie saoudite (ils repr\u00e9senteraient autour de 30% des habitants du pays), o\u00f9 le minist\u00e8re de la sant\u00e9 consid\u00e9rait, le 5 avril, que 47% des personnes touch\u00e9es par le coronavirus \u00e9taient de nationalit\u00e9 saoudienne. Depuis, le virus affecte un nombre toujours plus important \u00ab d\u2019expatri\u00e9s \u00bb (par exemple, 83% des 1351 nouveaux cas signal\u00e9s le 30 avril concernent des non Saoudiens).<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 sociale devant la maladie et la mort est une constante de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. De tout temps, sauf exception, les classes dites \u00ab populaires \u00bb ont \u00e9t\u00e9 les plus vuln\u00e9rables et les moins prot\u00e9g\u00e9es. C\u2019est aussi le cas concernant la pand\u00e9mie du COVID-19, qui lors de son d\u00e9clenchement parait avoir touch\u00e9 les \u00e9lites les plus mobiles et les plus connect\u00e9es. La spatialisation du virus reste \u00e9videmment \u00e0 \u00e9tudier. Pour l\u2019heure, il semble que des zones urbaines o\u00f9 les immigr\u00e9s de travail non europ\u00e9ens sont majoritaires sont les plus affect\u00e9es. Ce sont celles aussi o\u00f9 le confinement et l\u2019enfermement sont les plus stricts. Au Qatar, la zone dite \u00ab industrielle \u00bb, situ\u00e9e dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Doha et qui est occup\u00e9e par des migrants, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t ferm\u00e9e. Dans plusieurs pays, ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s des camps d\u2019isolement, dits parfois de quarantaine, ou de transit (avant l\u2019expulsion\/le retour dans leur pays d\u2019origine pris en charge par l\u2019\u00c9tat), etc. L\u2019\u00c9tat les encadre et contr\u00f4le les entr\u00e9es et les sorties, y procure nourriture et autres produits n\u00e9cessaires, avec l\u2019aide parfois d\u2019associations qui t\u00e9moignent de solidarit\u00e9s extra-communautaires.<\/p>\n<p>Qu\u2019ils y vivent ou non, ces zones suscitent l\u2019inqui\u00e9tude des immigr\u00e9s. Ils expriment parfois directement ou \u00e0 mots voil\u00e9s leurs peurs et leur m\u00e9contentement sur les r\u00e9seaux sociaux, plus rarement pour l\u2019heure physiquement. Des organisations humanitaires ont d\u00e9nonc\u00e9 des conditions de vie et d\u2019enfermement pr\u00e9caires voire discriminantes. Des \u00c9tats se sont attach\u00e9s \u00e0 les rassurer. Ainsi, l\u2019Arabie saoudite a r\u00e9affirm\u00e9 son attachement aux standards internationaux apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e suite \u00e0 l\u2019expulsion, d\u00e9but avril, de travailleurs \u00e9thiopiens. Le 15 avril, le Qatar a publi\u00e9 un communiqu\u00e9 sur des travailleurs \u00ab rapatri\u00e9s \u00bb (tar\u1e2b\u012bl \u2018adad min al-\u2018am\u0101la al-w\u0101fida il\u0101 bil\u0101di-him) o\u00f9 il exprime le m\u00eame attachement (Fig. 7).<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache7.jpg\" alt=\"\" width=\"472\" height=\"297\" class=\"alignnone size-full wp-image-9459\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache7.jpg 472w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache7-300x189.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache7-415x261.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/billetzouache7-250x157.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 472px) 100vw, 472px\" \/><br \/>\nAinsi donc, la crise r\u00e9v\u00e8le de nombreux enjeux et jette une lumi\u00e8re parfois crue sur les dynamiques sociales et politiques les plus pr\u00e9gnantes. Comme ailleurs dans le monde, les soci\u00e9t\u00e9s tentent de faire face comme elles le peuvent au fl\u00e9au, avec leurs armes et conform\u00e9ment \u00e0 ce que l\u2019on pourrait nommer leurs habitus \u2013 concept bourdieusien que je d\u00e9tourne pour simplement renvoyer \u00e0 un syst\u00e8me de dispositions tr\u00e8s ancr\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 qui conduit les individus qui la constituent \u00e0 agir ou \u00e0 r\u00e9agir d\u2019une certaine mani\u00e8re [17]. Il sera d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de comparer les modalit\u00e9s d\u2019actions y ayant pr\u00e9valu par le pass\u00e9 lorsque d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9pid\u00e9miques per\u00e7us comme des catastrophes majeures ont touch\u00e9 la p\u00e9ninsule, afin d\u2019identifier des permanences, des ruptures et des continuit\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le nombre de personnes malades et de morts qui sont publi\u00e9s par les autorit\u00e9s y sont sans commune mesure avec ceux de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, dont la situation a parfois \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e, dans la p\u00e9ninsule Arabique, \u00e0 un chaos. Ce sont ceux qui int\u00e9ressent au premier chef les hommes et les femmes qui y vivent.<br \/>\nL\u0101 ta\u2018\u016bd al-um\u016br kam\u0101 k\u0101nat s\u0101biqan ? Qui est r\u00e9ellement capable de r\u00e9pondre \u00e0 une telle question avec quelque certitude ? Du moins est-il clair que les transformations profondes qu\u2019ici ou l\u00e0, des intellectuels appellent de leurs v\u0153ux, concerneraient de si nombreux champs qu\u2019ils pourraient bouleverser des soci\u00e9t\u00e9s qui depuis un demi-si\u00e8cle au moins s\u2019attachent \u00e0 g\u00e9rer la reconfiguration g\u00e9opolitique en cours au Moyen Orient en pr\u00e9servant au mieux l\u2019ordre social et politique.<\/p>\n[1] \u00ab <a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/crise\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">Plus rien ne sera comme avant<\/a> \u00bb<\/p>\n[2] Voir <a href=\"https:\/\/cefas.cnrs.fr\/?page=sommaire&#038;lang=fr\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/crise.<\/a><\/p>\n[3] L\u2019onglet \u00ab \u00c9quipe \u00bb du site du CEFAS, \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"https:\/\/corona.e.gov.kw\/Ar\/Home\/CasesByDate\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">http:\/\/cefas.cnrs.fr\/?page=sommaire).<\/a><\/p>\n[4] Voir <a href=\"https:\/\/gisanddata.maps.arcgis.com\/apps\/dashboards\/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/corona.e.gov.kw\/Ar\/Home\/CasesByDate<\/a>.<\/p>\n[5] La chronologie peut \u00eatre reconstitu\u00e9e \u00e0 partir des donn\u00e9es compil\u00e9es par le Center for Systems Science and Engineering (CSSE) de l\u2019universit\u00e9 John Hopkins \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"https:\/\/gisanddata.maps.arcgis.com\/apps\/dashboards\/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/gisanddata.maps.arcgis.com\/apps\/opsdashboard\/index.html#\/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6.<\/a><\/p>\n[6] Voir le billet d\u2019Ahmed Khaled :<a href=\"https:\/\/cefas.cnrs.fr\/spip.php?article763&#038;lang=fr\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\"> http:\/\/cefas.cnrs.fr\/spip.php?article763.<\/a><\/p>\n[7] Charles Wright Mills, \u00ab Le r\u00f4le de l\u2019histoire \u00bb, L\u2019Homme et la soci\u00e9t\u00e9 3, 1967. p. 133-155.<\/p>\n[8] Voir par exemple Otto Gerhard Oexle, L\u2019historisme en d\u00e9bat. De Nietzsche \u00e0 Kantorowicz. Paris, Aubier, 2001.<\/p>\n[9] Voir les essais que j\u2019avais rassembl\u00e9s sous le titre de \u00ab Temporalit\u00e9s de l\u2019\u00c9gypte \u00bb dans M\u00e9di\u00e9vales 64, printemps 2013, en particulier mon introduction et l\u2019article de Julien Loiseau. Ils sont disponibles en ligne, \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/medievales\/6914\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/journals.openedition.org\/medievales\/6914).<\/a><\/p>\n[10] Conversations priv\u00e9es.<\/p>\n[11] Voir par exemple les vid\u00e9os et autres messages publi\u00e9s sur twitter : <a href=\"https:\/\/twitter.com\/GHC_GCC\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/twitter.com\/GHC_GCC, en <\/a>particulier la vid\u00e9o suivante (en anglais car s\u2019adressant aussi aux immigr\u00e9s l\u00e9gaux ou ill\u00e9gaux) : <a href=\"https:\/\/twitter.com\/Spa_Eng\/status\/1251910980034060288\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/twitter.com\/i\/status\/1251910980034060288.<\/a><\/p>\n[12] Des statistiques peuvent \u00eatre glan\u00e9es dans la bibliographie sur le sujet (en arabe et en anglais essentiellement), ainsi que dans les rapports et les sites gouvernementaux, aupr\u00e8s d\u2019organisations internationales et d\u2019ONG. Exemples parmi d\u2019autres : <a href=\"https:\/\/www.stats.gov.sa\/en\/868\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.stats.gov.sa\/en\/868 (Arabie saoudite)<\/a> ; http:\/\/stat.paci.gov.kw\/englishreports\/ ; <a href=\"http:\/\/stat.paci.gov.kw\/englishreports\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/medium.com\/@Mussaad\/kuwait-2020-health-report-5d62412ad05a<\/a> (Kuwait 2020 Health Report, par Dr. Mussaad M. Al-Razouki, 30\/12\/2019) ; <a href=\"https:\/\/www.moh.gov.om\/en\/web\/statistics\/annual-reports\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.moh.gov.om\/en\/web\/statistics\/annual-reports<\/a> (Oman).<\/p>\n[13] Voir, \u00e0 l\u2019adresse suivante, le rapport annuel publi\u00e9 par le minist\u00e8re de la sant\u00e9 omanais (2018 \u0627\u0644\u062a\u0642\u0631\u064a\u0631 \u0627\u0644\u0635\u062d\u064a \u0627\u0644\u0633\u0646\u0648\u064a) : <a href=\"https:\/\/www.moh.gov.om\/documents\/274609\/3563447\/%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B5%D9%84+%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%88%D9%84\/681a6f65-b886-b3b2-f79b-432d282a8616\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.moh.gov.om\/documents\/274609\/3563447\/%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B5%D9%84+%D8%A7%D9%84%D8%A7%D9%88%D9%84\/681a6f65-b886-b3b2-f79b-432d282a8616.<\/a><\/p>\n[14] Naomi Klein, The Shock Doctrine. The Rise of Disaster Capitalism, Londres, Penguin, 2007.<\/p>\n[15] Voir par exemple :<a href=\"https:\/\/blogs.worldbank.org\/fr\/arabvoices\/curse-uncontested-imports\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\"> https:\/\/blogs.worldbank.org\/fr\/arabvoices\/curse-uncontested-imports<\/a> (article par Rabah Arezki, \u00e9conomiste en chef \u00e0 la Banque Mondiale, intitul\u00e9 \u00ab La mal\u00e9diction des importations (sans concurrence) \u00bb et dat\u00e9 du 9 septembre 2019).<\/p>\n[16] Voir par exemple la tribune publi\u00e9e dans le quotidien kowe\u00eftien alqabas :<a href=\"https:\/\/alqabas.com\/article\/5769786-%D8%B9%D9%86%D8%B5%D8%B1%D9%8A%D9%88-%D8%A7%D9%84%D9%83%D9%88%D9%8A%D8%AA\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\"> https:\/\/alqabas.com\/article\/5769786-%D8%B9%D9%86%D8%B5%D8%B1%D9%8A%D9%88-%D8%A7%D9%84%D9%83%D9%88%D9%8A%D8%AA <\/a>; ou le d\u00e9bat organis\u00e9 par la chaine Alhurra, dont il faut se souvenir qu\u2019elle est am\u00e9ricaine et souvent accus\u00e9e d\u2019\u00eatre une simple cha\u00eene de propagande. Le d\u00e9bat a l\u2019avantage de faire intervenir diff\u00e9rents intervenants, notamment \u00e9mirati et kowe\u00eftien : <a href=\"https:\/\/www.alhurra.com\/episode\/2020\/04\/28\/%D8%A7%D9%84%D8%B9%D9%86%D8%B5%D8%B1%D9%8A%D8%A9-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D8%AE%D9%84%D9%8A%D8%AC-%D9%86%D8%A7%D8%B1-%D8%AA%D8%AD%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D9%85%D8%A7%D8%AF-699286\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.alhurra.com\/episode\/2020\/04\/28\/%D8%A7%D9%84%D8%B9%D9%86%D8%B5%D8%B1%D9%8A%D8%A9-%D9%81%D9%8A-%D8%A7%D9%84%D8%AE%D9%84%D9%8A%D8%AC-%D9%86%D8%A7%D8%B1-%D8%AA%D8%AD%D8%AA-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D9%85%D8%A7%D8%AF-699286.<\/a><\/p>\n[17] Voir, commode, le r\u00e9sum\u00e9 du lexique bourdieusien \u00e0 l\u2019adresse suivante : <a href=\"http:\/\/www.homme-moderne.org\/societe\/socio\/bourdieu\/lexique\/h\/habitus.html\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">http:\/\/www.homme-moderne.org\/societe\/socio\/bourdieu\/lexique\/h\/habitus.html.<\/a><\/p>\n<\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abb\u00e8s Zouache est historien, chercheur au CNRS et directeur du Centre fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie et de sciences sociales (Sanaa, Kowe\u00eft City)<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"template":"","tickets_taxonomy":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/tickets\/9433"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/tickets"}],"about":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/types\/tickets"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9433"}],"wp:term":[{"taxonomy":"tickets_taxonomy","embeddable":true,"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/wp-json\/wp\/v2\/tickets_taxonomy?post=9433"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}