{"id":9469,"date":"2023-01-30T11:11:30","date_gmt":"2023-01-30T11:11:30","guid":{"rendered":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/?post_type=tickets&#038;p=9469"},"modified":"2023-01-30T11:19:55","modified_gmt":"2023-01-30T11:19:55","slug":"peter-lienhardt-un-precurseur-de-lanthropologie-du-golfe-persique","status":"publish","type":"tickets","link":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/ar\/tickets\/peter-lienhardt-un-precurseur-de-lanthropologie-du-golfe-persique\/","title":{"rendered":"Peter Lienhardt : un pr\u00e9curseur de l\u2019anthropologie du Golfe persique"},"content":{"rendered":"<div class=\"su-row\"><div class=\"su-column su-column-size-1-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\"><\/div><\/div>\n<div class=\"su-column su-column-size-2-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\">Gabriel Tatibouet-Sadki<br \/>\nOn compte encore aujourd\u2019hui tr\u00e8s peu d\u2019anthropologues dont les recherches portent sur les soci\u00e9t\u00e9s du Golfe persique. En ce qui concerne le monde arabo-musulman, l\u2019essentiel de la production acad\u00e9mique en anthropologie s\u2019est en effet largement concentr\u00e9 sur les r\u00e9gions du Proche et du Moyen-Orient. Cependant, la discipline n\u2019est pas d\u00e9pourvue de pr\u00e9curseurs, aussi talentueux que m\u00e9connus, \u00e0 l\u2019image de Peter Lienhardt (1928\u20131986), qui fut le premier anthropologue \u00e0 effectuer une enqu\u00eate de terrain extensive dans la r\u00e9gion du Golfe. Lienhardt suivit une formation en langue et en civilisation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Cambridge, o\u00f9 il \u00e9tudia l\u2019arabe et le persan. Ses \u00e9tudes de langue le men\u00e8rent ensuite vers l\u2019anthropologie, et c\u2019est \u00e0 l\u2019Institute of Social Anthropology de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford, sous la houlette du fameux anthropologue Sir Edward Evans-Pritchard, qu\u2019il poursuivit ses \u00e9tudes. C\u2019est dans le cadre de sa th\u00e8se qu\u2019il r\u00e9alisa une enqu\u00eate ethnographique au long cours, de 1953 \u00e0 1956, dans les \u00e9mirats du Golfe. Ses travaux d\u2019anthropologie historique sur les formes d\u2019organisations sociales et les structures tribales parurent dans sa th\u00e8se intitul\u00e9e : The Shaikhdoms of Eastern Arabia (1957). Il continua ses recherches durant plusieurs ann\u00e9es, s\u2019int\u00e9ressant notamment aux soci\u00e9t\u00e9s du littoral de l\u2019Afrique de l\u2019Est, avant d\u2019obtenir un poste de Faculty Lecturer \u00e0 la chaire de sociologie du Moyen-Orient \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford, o\u00f9 il enseignera jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie. Gr\u00e2ce \u00e0 une heureuse conjoncture \u00e9ditoriale, certains textes de Lienhardt relatant son exp\u00e9rience de terrain au Kowe\u00eft nous sont accessibles, et ce gr\u00e2ce \u00e0 deux publications : l\u2019ouvrage paru en 1993 \u00e0 titre posthume Disorientations : A Society in Flux : Kuwait in the 1950s, et un recueil de lettres personnelles r\u00e9cemment publi\u00e9 par le Center for Research and Studies on Kuwait [1].<\/p>\n<p>En 1953 Lienhardt entreprend de se rendre au Kowe\u00eft, premi\u00e8re \u00e9tape de l\u2019enqu\u00eate anthropologique qu\u2019il r\u00e9alise dans le cadre de sa th\u00e8se. Il quitte donc l\u2019Angleterre pour rejoindre Marseille, d\u2019o\u00f9 il embarque pour Istanbul. Il relie ensuite Bagdad, puis Bassora, en chemin de fer, avant d\u2019effectuer la derni\u00e8re \u00e9tape de son voyage dans un taxi collectif jusqu\u2019\u00e0 Kowe\u00eft. D\u00e8s avant son arriv\u00e9e, il constate les transformations \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la r\u00e9gion. Sur la route qui traverse la fronti\u00e8re de l\u2019Irak, il croise de nombreux groupes d\u2019hommes qui vont chercher de l\u2019embauche au Kowe\u00eft. Aux abords de la ville, alors qu\u2019il s\u2019attendait \u00e0 voir les habitations de B\u00e9douins en voie de s\u00e9dentarisation, il est frapp\u00e9 par l\u2019\u00e9talement des constructions de fortunes b\u00e2ties par les travailleurs \u00e9trangers r\u00e9cemment install\u00e9es. C\u2019est que les d\u00e9buts des ann\u00e9es 1950 sont marqu\u00e9s non seulement par l\u2019essor de l\u2019extraction p\u00e9troli\u00e8re mais aussi par le formidable d\u00e9veloppement du secteur de la construction, o\u00f9 la demande de main d\u2019\u0153uvre se fait la plus forte. De prime abord, c\u2019est ce qui saute aux yeux de l\u2019anthropologue :<\/p>\n<p>\u00ab Plus nous nous approchions de la ville et plus s\u2019accroissait l\u2019omnipr\u00e9sence des empilements de poutres, de planches, de tuyaux de canalisation et de sacs de ciments, le bruit des groupes \u00e9lectrog\u00e8nes et l\u2019odeur du goudron br\u00fbl\u00e9, et les groupes d\u2019ouvriers transportant des briques et du mortier. A proximit\u00e9 de la porte de Jahra, le bruit du trafic combin\u00e9 aux r\u00e9percussions des forages et des constructions donnait l\u2019impression que la ville de Kowe\u00eft tout enti\u00e8re \u00e9tait un vaste chantier de construction. \u00bb [2].<\/p>\n<p>Sans le savoir, Lienhardt souligne d\u00e8s lors ce qui constituera un th\u00e8me des \u00e9tudes urbaines sur les villes du Golfe. Th\u00e8me repris par Andr\u00e9 Bourgey qui, plus tard, qualifiera celles-ci de \u00ab villes chantiers \u00bb ou \u00ab villes inachev\u00e9s \u00bb marqu\u00e9es par l\u2019omnipr\u00e9sence des terrains vagues ou des chantiers de construction en plein c\u0153ur de l\u2019agglom\u00e9ration [3] ;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville.jpg\" alt=\"\" width=\"922\" height=\"694\" class=\"alignnone size-full wp-image-9486\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville.jpg 922w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-300x226.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-768x578.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-415x312.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-650x489.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-250x188.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1ville-600x452.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 922px) 100vw, 922px\" \/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville.jpg\" alt=\"\" width=\"934\" height=\"701\" class=\"alignnone size-full wp-image-9489\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville.jpg 934w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-300x225.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-768x576.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-640x480.jpg 640w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-415x311.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-650x488.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-250x188.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/2ville-600x450.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 934px) 100vw, 934px\" \/><br \/>\nLes transformations urbaines sont analys\u00e9es au prisme d\u2019une course effr\u00e9n\u00e9e \u00e0 la modernisation qui affecte le pays. Elle est associ\u00e9e par Lienhardt \u00e0 de profondes ruptures dans les modes de vie, comme en t\u00e9moigne l\u2019adoption de plus en plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019automobile. Par diff\u00e9rentes anecdotes il souligne la place qu\u2019acquiert la voiture, qui devient un \u00e9l\u00e9ment de distinction notamment pour les cat\u00e9gories sup\u00e9rieures kowe\u00eftiennes. Par ailleurs, Lienhardt s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement aux transformations \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur le plan identitaire. Il pointe la dimension nouvelle accord\u00e9e \u00e0 \u00ab l\u2019habit national \u00bb kowe\u00eftien, le costume europ\u00e9en \u00e9tant progressivement abandonn\u00e9 chez les jeunes hommes au profit de la dishdasha, marqueur de l\u2019identit\u00e9 nationale :<\/p>\n<p>\u00ab La mode europ\u00e9enne semble s\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e du fait que les \u00e9tudiants de retour de vacances continuaient souvent \u00e0 porter les costumes qu\u2019ils portaient \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, la tendance s\u2019est invers\u00e9e. Les \u00e9tudiants ont rang\u00e9 leurs costumes et ont adopt\u00e9 l\u2019habit local. L\u2019habit kowe\u00eftien est maintenant devenu un marqueur identitaire, un signe indiquant que son porteur est Kowe\u00eftien, l\u2019un de de ceux qui sont d\u2019ici (ahl al-bilad) et, encore plus important, que son porteur n\u2019est pas un immigr\u00e9 \u00bb [4].<\/p>\n<p>A son arriv\u00e9e Lienhardt est h\u00e9berg\u00e9 quelque temps au sein de la ville d\u2019Ahmadi, situ\u00e9e au sud du Kowe\u00eft et fond\u00e9e par la Kuwait Oil Company \u00e0 proximit\u00e9 des premiers champs de p\u00e9trole d\u00e9couverts. Il fait connaissance avec des expatri\u00e9s occidentaux qui y r\u00e9sident mais sa curiosit\u00e9 le pousse \u00e9galement \u00e0 faire la rencontre de ressortissants arabes. A la sociabilit\u00e9 familiale des expatri\u00e9s anglo-saxons d\u2019Ahmadi, il oppose celle des hommes arabes qu\u2019il rencontre, majoritairement c\u00e9libataires ou ayant laiss\u00e9 leur famille dans leur pays d\u2019origine. Ces hommes se retrouvent alors essentiellement dans les caf\u00e9s de la ville o\u00f9 ils viennent sociabiliser.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville.jpg\" alt=\"\" width=\"923\" height=\"693\" class=\"alignnone size-full wp-image-9492\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville.jpg 923w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-300x225.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-768x577.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-640x480.jpg 640w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-415x312.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-650x488.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-250x188.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/3ville-600x450.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 923px) 100vw, 923px\" \/><br \/>\nAinsi, les cons\u00e9quences de l\u2019arriv\u00e9e en masse d\u2019\u00e9trangers sur le territoire kowe\u00eftien sont finement observ\u00e9es par l\u2019anthropologue qui met \u00e0 de nombreuses reprises l\u2019accent sur le caract\u00e8re cosmopolite et bigarr\u00e9 de la population, dont la diversit\u00e9 para\u00eet refl\u00e9ter la grande confusion urbaine d\u2019une ville en train d\u2019\u00eatre reconstruite. Cette situation constitue un d\u00e9fi pour le th\u00e9oricien des structures sociales qu\u2019est Lienhardt. Peut-on encore qualifier cet agr\u00e9gat de population, dont une large partie est d\u00e9sormais \u00e9trang\u00e8re, de soci\u00e9t\u00e9 ? Cette interrogation surgit chez Lienhardt, qui exprime ses doutes sur la possibilit\u00e9 d\u2019identifier, au sein de cette population, quelque chose \u00ab d\u2019assez coh\u00e9rent pour \u00eatre qualifi\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb [5]. A nouveau une probl\u00e9matique qui se retrouve dans des travaux acad\u00e9miques ult\u00e9rieurs, qui \u00e9laborent diff\u00e9rentes mani\u00e8res de d\u00e9finir les soci\u00e9t\u00e9s du Golfe. Le meilleur exemple reste l\u2019ouvrage de l\u2019anthropologue Anh Nga Longva sur le Kowe\u00eft, Walls Built on Sand (1997), dans lequel elle avance la notion de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 plurielle \u00bb pour penser les liens entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s nationales en pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>En plus d\u2019une prose \u00e9l\u00e9gante pleine d\u2019humour, Lienhardt semble \u00eatre dot\u00e9 d\u2019un remarquable sens du contact. Il relate en effet ses discussions avec des enseignants \u00e9gyptiens nass\u00e9ristes, il est invit\u00e9 aux diwaniyya locales tenues par des officiels kowe\u00eftiens et parvient m\u00eame \u00e0 d\u00e9crocher un entretien de quelques minutes avec le dirigeant du pays Abdallah al-Salim al-Sabah, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019un de ses amis kowe\u00eftiens \u00e9galement \u00e9tudiant \u00e0 Oxford. Sa fr\u00e9quentation des officiels kowe\u00eftiens nourrit d\u2019ailleurs son analyse des \u00e9volutions politiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il met notamment en avant le processus de distanciation progressive d\u2019une petite \u00e9lite dirigeante, qui s\u2019enrichit alors consid\u00e9rablement, par rapport au reste de la population kowe\u00eftienne, et sugg\u00e8re des parall\u00e8les entre l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime parlementaire dans le pays et les modes d\u2019organisation tribale pr\u00e9existants.<\/p>\n<p>Mais dans le cadre de son travail de th\u00e8se, ce n\u2019est pas tant ce monde en mouvement qu\u2019il nous donne \u00e0 voir qui int\u00e9re<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville.jpg\" alt=\"\" width=\"753\" height=\"692\" class=\"alignnone size-full wp-image-9498\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville.jpg 753w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville-300x276.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville-415x381.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville-650x597.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville-250x230.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/5ville-600x551.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 753px) 100vw, 753px\" \/>s\u00e9s. Parvenant \u00e0 s\u2019installer dans une des maisons du village, le s\u00e9jour de Lienhardt \u00e0 Fa\u00eflaka est extr\u00eamement riche en informations sur la vie quotidienne, les structures familiales et les pratiques religieuses de ses habitants. L\u2019auteur accorde \u00e0 ces derni\u00e8res une place centrale, relatant les s\u00e9ances quotidiennes de lecture et d\u2019ex\u00e9g\u00e8se du Coran auquel il assiste avec quelques membres du village. Mais son int\u00e9r\u00eat le pousse avant tout \u00e0 d\u00e9pister les pratiques h\u00e9t\u00e9rodoxes, qui se retrouvent notamment dans le culte du zar (ou \u00ab visite des esprits \u00bb selon l\u2019auteur), qu\u2019il a l\u2019occasion d\u2019observer.<\/p>\n<p>La forme des \u00e9crits de Lienhardt peut bien appara\u00eetre l\u00e9g\u00e8re, voire superficielle, du fait de leur forte dimension narrative et litt\u00e9raire. Ce serait toutefois manquer de voir la p\u00e9n\u00e9tration des analyses et des observations parfois fugaces de l\u2019anthropologue, qui t\u00e9moignent d\u2019une grande acuit\u00e9 ethnographique. Nul doute qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une \u0153uvre \u00e0 visiter et revisiter, tant pour le lecteur curieux que pour le sp\u00e9cialiste de la r\u00e9gion. Avec Lienhardt, l\u2019anthropologie des soci\u00e9t\u00e9s du Golfe persique peut se targuer d\u2019\u00eatre sous les auspices d\u2019un saint patron dont le souvenir est \u00e0 entretenir.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville.jpg\" alt=\"\" width=\"682\" height=\"699\" class=\"alignnone size-full wp-image-9495\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville.jpg 682w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville-293x300.jpg 293w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville-415x425.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville-650x666.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville-250x256.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/4ville-600x615.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><\/p>\n[1] Peter Lienhardt, Letters from Kuwait (1953 &#8211; 1955), Kowe\u00eft, Center for Research and Studies on Kuwait, 2017.<\/p>\n[2] Peter Lienhardt, Disorientations : A Society in Flux, Kuwait in the 1950s, \u00e9dit\u00e9 par Ahmed al-Shahi, Grande-Bretagne, Ithaca Press, 1993.<\/p>\n[3] Andr\u00e9 Bourgey, \u00ab Les villes des Emirats du Golfe sont-elles encore des villes arabes ? \u00bb, dans Gilbert Beaug\u00e9 et Friedmann B\u00fcttner (eds.), Les migrations dans le monde Arabe, Paris, CNRS Editions, 1991.<\/p>\n[4] P. Lienhardt, Disorientations, op. cit. p. 49.<\/p>\n[5] Ibid., p. 36.<br \/>\n<\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On compte encore aujourd\u2019hui tr\u00e8s peu d\u2019anthropologues dont les recherches portent sur les soci\u00e9t\u00e9s du Golfe persique. 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