{"id":9341,"date":"2023-01-30T06:00:56","date_gmt":"2023-01-30T06:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/?post_type=tickets&#038;p=9341"},"modified":"2023-01-30T06:14:59","modified_gmt":"2023-01-30T06:14:59","slug":"le-jeune-vu-par-les-jeunes-aux-emirats-arabes-unis","status":"publish","type":"tickets","link":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/tickets\/le-jeune-vu-par-les-jeunes-aux-emirats-arabes-unis\/","title":{"rendered":"Le je\u00fbne vu par les jeunes aux \u00c9mirats Arabes Unis"},"content":{"rendered":"<div class=\"su-row\">\n<div class=\"su-column su-column-size-1-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\">\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/logo.png\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"200\" class=\"alignnone size-full wp-image-7499\" \/><br \/>\n<\/div><\/div>\n<div class=\"su-column su-column-size-2-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\">\n<strong>Justine Cl\u00e9ment, SciencesPo Paris, stagiaire au CEFREPA<\/strong><br \/>\n<strong>Enqu\u00eate sur les pratiques du ramadan chez les jeunes aux Emirats Arabes-Unis, r\u00e9alis\u00e9e depuis Sorbonne Abu Dhabi University, o\u00f9 je suis chaleureusement accueillie dans le cadre du stage que j\u2019effectue au CEFREPA<br \/>\n<\/strong><br \/>\nQuatri\u00e8me pilier de l\u2019Islam, le mois de Ramadan est le moment le plus important de l\u2019ann\u00e9e pour les musulmans du monde entier. S\u2019il s\u2019inscrit dans la tradition et l\u2019h\u00e9ritage, il fait aussi l\u2019objet d\u2019adaptations et de relectures par la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Ses pratiques ont d\u2019autant plus \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9es par la pand\u00e9mie de Covid-19, bien que les \u00c9mirats Arabes Unis \u2013 contrairement aux autres pays du Golfe \u2013 n\u2019aient pas mis en place de mesures trop strictes pour le Ramadan 2021. Enqu\u00eate sur les pratiques du Ramadan chez les jeunes aux \u00c9mirats Arabes-Unis .<\/p>\n<\/div><\/div><\/div>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"429\" class=\"alignnone size-full wp-image-9350\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee.jpg 640w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee-300x201.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee-415x278.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee-250x168.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/fig._1_mosquee-600x402.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><br \/>\n<strong>Mosqu\u00e9e Sheikh Zayed, Abu Dhabi <\/strong><br \/>\n\u00ab Le Ramadan, c\u2019est le moment o\u00f9 je me recentre sur ma religion. En dehors de celui-ci, je ne suis pas religieuse, m\u00eame si je suis musulmane : j\u2019\u00e9coute de la musique, je jure et parfois, je porte mal mon voile. C\u2019est une sorte de d\u00e9tox vis-\u00e0-vis de Dieu \u00bb. Si sa remise en question de sa religiosit\u00e9 peut surprendre, tout comme son apparente int\u00e9gration de l\u2019\u00e9coute de la musique comme pratique h\u00e9t\u00e9rodoxe, Zaynab , \u00e9mirienne, d\u00e9taille son propos : \u00ab \u00catre religieuse, c\u2019est \u00eatre irr\u00e9prochable aux yeux de Dieu. Avoir cet id\u00e9al de puret\u00e9, sans artifices et sans perversions \u00bb.<br \/>\n<br \/>\nDans son essence, le mois de Ramadan est un moment de rapprochement avec Dieu, par le biais d\u2019une pratique religieuse individuelle accentu\u00e9e (pri\u00e8res, je\u00fbne, r\u00e9citation du Coran et m\u00e9ditation sur le texte sacr\u00e9\u2026), mais aussi par le biais de bonnes actions et de solidarit\u00e9. Pour la plupart de ces jeunes enqu\u00eat\u00e9s, ce mois sacr\u00e9 s\u2019inscrit dans des traditions sociales et culturelles ancr\u00e9es \u2013 entretenues depuis le plus jeune \u00e2ge. Bien qu\u2019ayant re\u00e7u une \u00e9ducation musulmane, Bilal, palestinien, pr\u00e9f\u00e8re consid\u00e9rer la dimension philosophique du je\u00fbne, plut\u00f4t que religieuse : \u00ab On gagne en humanit\u00e9, on exp\u00e9rimente la faim, la soif, et on repousse ses limites, quel que soit notre statut. \u00bb. Moha, syrien, ajoute : \u00ab Je me suis \u00e9loign\u00e9 de la religion depuis quelques temps, car je remets en question certaines logiques. Cependant, m\u00eame un ath\u00e9e ici, ne peut faire abstraction des traditions du Ramadan : c\u2019est un fait culturel \u00e0 part enti\u00e8re. \u00catre ath\u00e9e au Moyen-Orient est totalement diff\u00e9rent que de l\u2019\u00eatre en Europe, par exemple \u00bb.<\/p>\n<p>\nPendant un mois, la vie aux \u00c9mirats Arabes Unis est rythm\u00e9e par les pratiques du Ramadan : la nourriture, l\u2019organisation journali\u00e8re et les rapports humains sont reconfigur\u00e9s, pour laisser place \u00e0 la foi. Plus particuli\u00e8rement, lors de l\u2019A\u00efd al-Fitr \u2013 qui c\u00e9l\u00e8bre la fin du mois de Ramadan \u2013 une ambiance festive s\u2019invite \u00e0 la fois dans l\u2019espace priv\u00e9 (souvent avec la famille \u00e9largie) et dans l\u2019espace public, o\u00f9 les caf\u00e9s et restaurants deviennent les lieux principaux de rendez-vous.<\/p>\n<p>\n&#8211; LA FAMILLE, UNE INSTANCE DE TRANSMISSION ET DE CONTR\u00d4LE PRIMAIRE<br \/>\nL\u2019h\u00e9ritage familial des interrog\u00e9s est variable et en dit beaucoup sur leurs pratiques durant le Ramadan, et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur leur rapport \u00e0 la religion. Pour ceux qui qualifient leur famille de \u00ab traditionnelle et tr\u00e8s religieuse \u00bb, elle a jou\u00e9 un r\u00f4le primordial de transmission. M\u00eame si avant sa pubert\u00e9, l\u2019enfant n\u2019est pas oblig\u00e9 de je\u00fbner, Shayla, \u00e9mirienne, s\u2019y est initi\u00e9e d\u00e8s ses huit ans : \u00ab C\u2019est difficile pour les enfants de je\u00fbner voire mauvais pour leur sant\u00e9. Mais avec mes cousins, on essayait de ne pas manger pendant cinq ou six heures, ou juste de sauter notre go\u00fbter. C\u2019\u00e9tait comme un jeu. \u00bb. Elle continue : \u00ab Puis, on s\u2019amusait \u00e0 faire des concours : celui ou celle qui apprenait le plus vite une partie du Coran avait le droit \u00e0 une r\u00e9compense. Cela nous permettait de se pr\u00e9parer aux r\u00e9elles pratiques, qui \u00e9taient obligatoires \u00e0 partir de la pubert\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>\nDe leur c\u00f4t\u00e9, Moha et Hassan (irakien), consid\u00e8rent mutuellement leur famille comme \u00ab semi-conservatrice \u00bb. Ils disent avoir re\u00e7u une \u00e9ducation musulmane, o\u00f9 les traditions occupent une place tr\u00e8s importante (pri\u00e8res, je\u00fbne\u2026), mais ne sont pas forc\u00e9es. \u00ab Mes parents m\u2019ont laiss\u00e9 le libre choix de suivre ces pratiques avec rigueur ou non. Ils consid\u00e8rent la religion comme un fait intime, personnel, plus qu\u2019une obligation d\u2019h\u00e9ritage \u00bb explique Moha. Pourtant, la trajectoire des deux interrog\u00e9s est tr\u00e8s diff\u00e9rente : Moha dit se diriger vers un agnosticisme voire un ath\u00e9isme croissant, alors que Hassan a justement investi son h\u00e9ritage religieux pour commencer de lui-m\u00eame le je\u00fbne \u00e0 17 ans. Cependant, dans la majorit\u00e9 des cas, la place de la famille a des cons\u00e9quences tr\u00e8s fortes sur les pratiques des interrog\u00e9s : ceux issus d\u2019une famille qu\u2019ils qualifient eux-m\u00eames de \u00ab traditionnelle \u00bb mettent un point d\u2019honneur \u00e0 respecter le je\u00fbne dans sa totalit\u00e9, alors que ceux issus d\u2019une famille \u00ab semi-conservatrice \u00bb se disent \u00ab plus libres \u00bb dans leurs pratiques, sans qu\u2019elles soient pour autant cautionn\u00e9es par leurs proches. Cette \u00ab plus grande libert\u00e9 \u00bb se traduit notamment par une adaptation personnelle du je\u00fbne : certains d\u00e9cident de boire pendant la journ\u00e9e, mais ne mangent pas, d\u2019autres s\u2019autorisent \u00e0 fumer ou \u00e0 prendre leur caf\u00e9, d\u2019autres encore d\u00e9cident de je\u00fbner une partie du mois seulement.<\/p>\n<p>\nLes comportements durant le mois du Ramadan varient aussi selon la pr\u00e9sence physique ou non de l\u2019instance familiale. Ceux qui se donnent le plus de \u00ab libert\u00e9s \u00bb sont loin de leur famille, souvent rest\u00e9e dans le pays natal, majoritairement au Proche-Orient. Pour Zaki, jordanien d\u2019origine palestinienne, \u00ab La pression aurait \u00e9t\u00e9 plus forte dans mon pays d\u2019origine. D\u2019ailleurs, la Jordanie et la Palestine sont des pays plus traditionnels et conservateurs. Ici, la diversit\u00e9 des nationalit\u00e9s tend \u00e0 effacer une certaine pression communautaire \u00bb. Il demeure donc, pour ces jeunes, plus facile de se d\u00e9tacher du respect total du je\u00fbne : \u00ab Mes parents ne sont pas au courant de mes habitudes religieuses. Quand je les appelle, je fais comme si j\u2019\u00e9tais irr\u00e9prochable \u00bb continue-t-il. Pour Moha \u00ab Ne pas \u00eatre avec eux me permet de ne pas je\u00fbner sans avoir \u00e0 rendre de comptes. Cependant, pour \u00e9viter tout conflit, quand je les vois, je je\u00fbne. \u00bb. Jamila, \u00e9gyptienne, se retrouve justement dans la situation inverse : \u00ab Contrairement \u00e0 d\u2019autres jeunes, qui deviennent tr\u00e8s sociables pendant le Ramadan et qui se retrouvent pour l\u2019iftar, j\u2019ai de mon c\u00f4t\u00e9 tendance \u00e0 m\u2019isoler. Mes proches m\u2019ont l\u00e9gu\u00e9 une conception tr\u00e8s familiale du Ramadan, je suis donc constamment avec eux. \u00bb.<\/p>\n<p>\n&#8211; VIVRE LE MOIS DE RAMADAN AVEC SON TEMPS<\/p>\n<p>Sans contester l\u2019h\u00e9ritage familial et les traditions, les jeunes aux \u00c9mirats Arabes Unis actualisent des pratiques selon leur temps. Le plus souvent situ\u00e9s dans un complexe commercial plus grand, les caf\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9s comme le principal lieu de sociabilit\u00e9 des jeunes du Golfe . Pendant le mois sacr\u00e9, ils sont massivement investis : \u00ab D\u00e8s que j\u2019ai fini mon repas avec ma famille, je n\u2019ai qu\u2019une h\u00e2te : retrouver mes amies autour d\u2019un th\u00e9 dans un centre commercial \u00bb s\u2019exprime Zaynab. Elle ajoute m\u00eame \u00ab C\u2019est pour moi la principale diff\u00e9rence vis-\u00e0-vis de mes parents ou grands-parents. Cette habitude est clairement la marque de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00bb. Cet endroit permet, aux jeunes femmes golfiennes (surtout), de se soustraire au contr\u00f4le familial : le voile (de type sh\u0113la), est souvent pos\u00e9 sur la t\u00eate sans enserrer strictement l\u2019ovale du visage, et les amies se donnent plus de libert\u00e9s, y compris dans leurs conversations.<\/p>\n<p>Les r\u00e9seaux sociaux ont aussi consid\u00e9rablement transform\u00e9 le rapport des jeunes aux traditions du mois de Ramadan. Pour Zaynab, \u00ab Les pratiques autour du Ramadan sont devenues un vrai business. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 c\u2019est bien, parce que \u00e7a donne plein d\u2019id\u00e9es, mais d\u2019un autre, \u00e7a alt\u00e8re l\u2019essence m\u00eame du mois sacr\u00e9. \u00bb. Jamila ajoute \u00ab Une culture Instagram est n\u00e9e et elle implique la volont\u00e9 de suivre les modes de vie des influenceurs. Les choix des lieux, des plats et m\u00eame de certaines pratiques sont alors regard\u00e9s de pr\u00e8s. \u00bb Sur Instagram, de nombreuses personnalit\u00e9s partagent l\u2019organisation de leurs journ\u00e9es, et r\u00e9alisent des placements de produits autour de la religion. Shayla et Zaynab ont troqu\u00e9 leur Coran et tapis de pri\u00e8re traditionnels pour s\u2019en procurer des \u00ab plus tendances et plus jeunes \u00bb, vus sur Instagram : \u00ab C\u2019est important d\u2019avoir un tapis de pri\u00e8re et un Coran qui nous plaisent, puisqu\u2019ils nous accompagnent toute la journ\u00e9e. Mes parents eux, sont tr\u00e8s attach\u00e9s au style ancien. \u00bb commente Zaynab. Le tatouage au henn\u00e9 \u2013 pratiqu\u00e9 pour l\u2019A\u00efd al-Fitr \u2013 est lui aussi revisit\u00e9 : \u00ab Il existe des cr\u00e9ations tr\u00e8s originales sur les r\u00e9seaux sociaux, et cela influence beaucoup les jeunes femmes d\u2019aujourd\u2019hui. C\u2019est une touche personnelle essentielle \u00bb continue Shayla. Cependant, la jeune femme nuance : \u00ab Je pense que c\u2019est \u00e0 cause des r\u00e9seaux sociaux que notre g\u00e9n\u00e9ration est tomb\u00e9e dans un consum\u00e9risme du Ramadan. Par exemple, et c\u2019est une pratique nouvelle, j\u2019offre \u00e0 mes amies au d\u00e9but du mois des cadeaux comme des kits de pri\u00e8re ou de henn\u00e9. Nous avons trouv\u00e9 cette inspiration sur Instagram. Mes parents conservent leur tradition d\u2019offrir des repas aux voisins, ou aux associations. \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Tatouages au henn\u00e9, sur le compte Instagram @dr.azra<\/strong><br \/>\nLes traditionnelles s\u00e9ries du Ramadan, tr\u00e8s populaires dans les foyers arabo-musulmans, ont, elles aussi, \u00e9t\u00e9 peu \u00e0 peu remplac\u00e9es par l\u2019av\u00e8nement des r\u00e9seaux sociaux : \u00ab Le r\u00f4le d\u2019internet a modifi\u00e9 les r\u00e9unions familiales autour de la t\u00e9l\u00e9vision, dans le majlis (*salon), j\u2019en suis un peu nostalgique \u00bb avoue Zaynab.<\/p>\n<p>Depuis plus d\u2019un an, la pand\u00e9mie de Covid-19 a elle aussi, boulevers\u00e9 les pratiques des jeunes interrog\u00e9s. Le Ramadan de l\u2019ann\u00e9e 2020, qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 du 23 avril au 23 mai, avait particuli\u00e8rement marqu\u00e9 les esprits. Un couvre-feu entre 22h00 et 06h00 \u00e9tait en place, et les d\u00e9placements entre \u00e9mirats \u00e9taient soumis \u00e0 de strictes limitations. Les fronti\u00e8res nationales avaient quant \u00e0 elles ferm\u00e9 \u00e0 la fois pour les touristes et pour les expatri\u00e9s r\u00e9sidents. Leur r\u00e9ouverture n\u2019est survenue que le 7 juillet 2020 pour Duba\u00ef (voie a\u00e9rienne) et le 2 juin 2020 (voie terrestre) et le 24 d\u00e9cembre 2020 (voie a\u00e9rienne) pour Abu Dhabi, apr\u00e8s une quarantaine de 10 jours pour ce dernier \u00e9mirat. Ces mesures sonnaient donc la fin des regroupements familiaux, d\u2019abord au sein du pays o\u00f9 ils \u00e9taient extr\u00eamement limit\u00e9s voire interdits, mais aussi pour les familles \u00e9largies, qui habitant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, avaient l\u2019habitude de se rendre aux \u00c9mirats Arabes Unis pour l\u2019A\u00efd al-Fitr. Pour Jamila, \u00ab L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e9tait particuli\u00e8rement difficile, nous nous sommes sentis tr\u00e8s seuls, puisqu\u2019enferm\u00e9s \u00e0 la maison. Pour ma famille, qui a tendance \u00e0 s\u2019isoler pendant ce mois, cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rent, mais l\u2019ambiance \u00e9tait pesante \u00bb. Pour Shayla, qui justement aime profiter de moments privil\u00e9gi\u00e9s avec ses amis, \u00ab Cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur, car je ne pouvais plus retrouver mes amis comme avant. \u00bb. Cette ann\u00e9e, les mesures ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement all\u00e9g\u00e9es. Sans couvre-feu, mais avec des regroupements priv\u00e9s de dix personnes maximum \u00e0 Abu Dhabi et Duba\u00ef, les sorties dans les caf\u00e9s et les rassemblements familiaux plus \u00e9largis ont pu r\u00e9appara\u00eetre. Cependant, Jamila se dit attrist\u00e9e du changement de certaines de ses pratiques : \u00ab Je ne suis plus en mesure de faire du b\u00e9n\u00e9volat pendant le Ramadan \u00e0 cause des restrictions li\u00e9es au Covid-19. C\u2019\u00e9tait pour moi, une partie essentielle du mois et une exp\u00e9rience tr\u00e8s importante et enrichissante. C\u2019est extr\u00eamement triste \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; UNE NOUVELLE G\u00c9N\u00c9RATION PLUS CRITIQUE<\/p>\n<p>Ce qui caract\u00e9rise aussi la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est sa vision plus critique des pratiques du Ramadan, sans pour autant remettre en question ses fondements. Selon Zaki, \u00ab Certaines traditions et pratiques encouragent l\u2019individu \u00e0 ne simplement \u00ab pas y penser \u00bb, par peur que son jugement soit blasph\u00e9matoire ou inacceptable socialement \u00bb. Jamila, qui a grandi dans une famille tr\u00e8s religieuse et conservatrice, critique la facilit\u00e9 de ses parents \u00e0 \u00ab penser comme la majorit\u00e9 des croyants \u00bb. Elle explique : \u00ab Je pense que la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, par le biais des \u00e9tudes, des r\u00e9seaux sociaux et des regards crois\u00e9s, est plus critique. Par exemple, il y a une interpr\u00e9tation que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 remettre en question ces derniers temps [\u2026] selon laquelle une femme n\u2019est pas cens\u00e9e je\u00fbner pendant sa menstruation. Je suis de plus en plus convaincue que les femmes peuvent je\u00fbner pendant cette p\u00e9riode. Ce serait un soulagement pour tant de femmes musulmanes qui d\u00e9testent \u00ab gaspiller \u00bb une partie de leur Ramadan chaque ann\u00e9e. \u00bb. Pour \u00e9clairer ses pens\u00e9es, Jamila s\u2019appuie notamment, sur les r\u00e9interpr\u00e9tations contemporaines des textes sacr\u00e9s. Pour elle, actualiser l\u2019interpr\u00e9tation du Coran et de la Sunna \u00e0 la lumi\u00e8re de notre \u00e9poque est fondamental, du fait qu\u2019ils ont \u00e9merg\u00e9 dans un contexte tout autre. La jeune femme poursuit : \u00ab Selon la tradition, un musulman doit prier cinq fois par jour pour que son je\u00fbne soit accept\u00e9 par Dieu. Je ne suis pas convaincue par cet argument, car je vois le je\u00fbne et la pri\u00e8re de mani\u00e8re totalement ind\u00e9pendante. Certains n\u2019ont pas le temps de prier cinq fois par jour, mais la volont\u00e9 est pr\u00e9sente. Et ils je\u00fbnent, donc se soumettent aussi \u00e0 une tradition qui nous est tr\u00e8s ch\u00e8re. Finalement, je rejette les pratiques qui se basent sur l\u2019exclusion d\u2019une partie des croyants. \u00bb.<\/p>\n<p>Ceux qui se consid\u00e8rent comme \u00ab plus souples \u00bb vis-\u00e0-vis des pratiques du Ramadan se disent aussi mal \u00e0 l\u2019aise face \u00e0 une certaine dimension hypocrite des comportements pendant le mois sacr\u00e9 : \u00ab Je ne comprends pas pourquoi certains pr\u00e9tendent \u00eatre extr\u00eamement religieux d\u2019un coup. Une femme se voile, bloque tous ses amis dragueurs, juge les autres\u2026 Et d\u00e8s la fin du Ramadan, tout cela s\u2019efface \u00bb, commente Nashwa, \u00e9gypto-libanaise. \u00ab Il faut \u00eatre honn\u00eate avec soi-m\u00eame : je n\u2019arr\u00eaterai pas de faire des choses pendant un mois, pour recommencer d\u00e8s la fin du Ramadan. L\u2019hypocrisie est un p\u00e9ch\u00e9 plus grave que d\u2019\u00e9couter de la musique ! \u00bb argumente-t-elle. Ce raisonnement fait finalement \u00e9cho \u00e0 la difficult\u00e9, pour certains jeunes musulmans, de rendre compatibles Ramadan et vie sociale et \u00e9tudiante : \u00ab Comment se passer de caf\u00e9 quand on est sept heures par jour devant un \u00e9cran ? Les cours sont trop fatigants \u00bb argumente Nashwa. Si certains trouvent une certaine harmonie pendant un mois, d\u2019autres vivent mal ce changement de vie radical : \u00ab Je ne peux plus fumer, je ne peux plus sortir quand je veux, car ma m\u00e8re me force \u00e0 rester chez moi pour l\u2019iftar. Je ne peux pas \u00e9couter de la musique, crier, parler \u00e0 des hommes\u2026 D\u2019un coup, je ne peux plus mener ma vie sociale, et cela me donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre une hypocrite [\u2026] Aller en enfer parce que je suis une mauvaise personne qui tue et ment fait plus sens que d\u2019y aller parce que j\u2019ai bu un verre de vin avec un gar\u00e7on\u2026 \u00bb continue Nashwa, exasp\u00e9r\u00e9e. Pour d\u2019autres encore, le mois de Ramadan, qui ralentit le rythme quotidien, permet le r\u00e9examen de leur foi, de leur positionnement vis-\u00e0-vis de Dieu. Plus que de s\u2019en rapprocher, comme Jamila, Zaynab, et Shayla, Nesrine, \u00e9gypto-libanise aussi, consacre ce moment aux questionnements : \u00ab Cela me permet de r\u00e9\u00e9valuer ma position religieuse. Est-ce que la religion correspond \u00e0 ce que je suis en train de vivre ? Quelle est la meilleure fa\u00e7on pour moi d\u2019incorporer ces \u00e9l\u00e9ments dans ma vie sans la bouleverser ? Pour moi, le Ramadan est un moment intense de r\u00e9flexion \u00bb.<\/p>\n<p>Finalement, pour l\u2019ensemble des jeunes, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration fait face \u00e0 une plus grande acceptabilit\u00e9 des situations diverses. \u00ab Ce n\u2019est pas parce que je loupe un jour de je\u00fbne, que mon mois de Ramadan est invalide. Je pense aux autres mani\u00e8res de le compenser, sans forc\u00e9ment je\u00fbner \u00bb ajoute notamment Nesrine. Selon eux, la jeunesse \u2013 et particuli\u00e8rement celle des \u00c9mirats Arabes Unis, gr\u00e2ce \u00e0 un m\u00e9lange de nationalit\u00e9s et cultures tr\u00e8s intense \u2013 est plus ouverte. \u00ab Je comprends si tu ne fais pas le Ramadan, et je ne te juge pas. Le message de l\u2019Islam c\u2019est justement la paix et la mod\u00e9ration \u00bb continue-t-elle. Finalement, pour Zaki, les gens sont plus ouverts au fait que tout le monde ne je\u00fbne pas. Bien que cela ait \u00e9t\u00e9 impuls\u00e9 par une jeunesse plus critique, cette conception semble avoir gagn\u00e9 une grande partie de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9mirienne : \u00ab Tu as vu, depuis quelques ann\u00e9es, de nombreux caf\u00e9s ou restaurants restent ouverts pendant la journ\u00e9e, sans forc\u00e9ment se cacher avec des rideaux ou des paravents. Je pense que la soci\u00e9t\u00e9 est en train d\u2019accepter le fait que certains ne je\u00fbnent pas, y compris au sein de la communaut\u00e9 musulmane. \u00bb conclut Zaki.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enqu\u00eate sur les pratiques du ramadan chez les jeunes aux Emirats Arabes-Unis, r\u00e9alis\u00e9e depuis Sorbonne Abu Dhabi University, o\u00f9 je suis chaleureusement accueillie dans le cadre du stage que j\u2019effectue au CEFREPA<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"template":"","tickets_taxonomy":[178],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets\/9341"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets"}],"about":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/tickets"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9341"}],"wp:term":[{"taxonomy":"tickets_taxonomy","embeddable":true,"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets_taxonomy?post=9341"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}