{"id":9589,"date":"2023-01-31T05:39:05","date_gmt":"2023-01-31T05:39:05","guid":{"rendered":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/?post_type=tickets&#038;p=9589"},"modified":"2023-02-13T07:09:25","modified_gmt":"2023-02-13T07:09:25","slug":"le-siege-du-cefrepa-ex-cefas-et-le-diwan-khazal","status":"publish","type":"tickets","link":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/tickets\/le-siege-du-cefrepa-ex-cefas-et-le-diwan-khazal\/","title":{"rendered":"Le si\u00e8ge du CEFREPA (ex CEFAS) et le Diwan Khaz\u2019al"},"content":{"rendered":"<div class=\"su-row\"><div class=\"su-column su-column-size-1-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\"><\/div><\/div>\n<div class=\"su-column su-column-size-2-3\"><div class=\"su-column-inner su-u-clearfix su-u-trim\">L\u2019histoire r\u00e9cente du Kowe\u00eft<\/p>\n<p>\u00e0 travers un des plus anciens monuments du pays<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9605\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi.jpg\" alt=\"\" width=\"260\" height=\"346\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi.jpg 260w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi-225x300.jpg 225w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi-250x333.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><br \/>\nDepuis 2015, le Centre fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie et de sciences sociales est h\u00e9berg\u00e9 pr\u00e8s du golfe Arabo-persique dans une maison des ann\u00e9es 1950 r\u00e9nov\u00e9e et mise \u00e0 disposition par l\u2019\u00c9tat kowe\u00eftien, \u00e0 deux pas des fameuses Tours du Kowe\u00eft et face \u00e0 l\u2019ambassade britannique. La demeure fait partie d\u2019un ensemble architectural h\u00e9t\u00e9roclite, dont la pi\u00e8ce majeure est un Diwan construit au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle et aujourd\u2019hui inhabitable car dans un \u00e9tat de d\u00e9t\u00e9rioration avanc\u00e9 (ci-contre, le si\u00e8ge du CEFAS, les ruines du Diwan et la tour al-Hamra, photographie M. Ayachi). Le terrain, en transformation constante, est un patchwork de styles et d\u2019\u00e9poques. Entrelacs de murs r\u00e9duits en poussi\u00e8re, de carrelages des ann\u00e9es 1950, de montants de fen\u00eatre carbonis\u00e9s, d\u2019installations \u00e9lectriques d\u00e9su\u00e8tes et d\u2019ustensiles de cuisine abandonn\u00e9s, entour\u00e9 de quelques villas plus r\u00e9centes pour partie restaur\u00e9es et pour certaines tout autant en ruines, le Diwan Khaz\u2019al interroge car il n\u2019est pas ouvert \u00e0 la visite et rien sur le site n\u2019informe de son pass\u00e9. Il para\u00eet avoir v\u00e9cu plusieurs existences et superpose des strates d\u2019occupation successives, mais toutes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, qui dressent un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019histoire architecturale kowe\u00eftienne. Il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 moins d\u2019ann\u00e9es entre l\u2019\u00e9dification du Diwan (vers 1916) et celle des trois villas qui l\u2019entourent (ann\u00e9es 1950) qu\u2019entre la construction de ces derni\u00e8res et l\u2019\u00e9rection des 412 m\u00e8tres de la tour al-Hamra (2011). Les b\u00e2timents, en premier lieu le Diwan Khaz\u2019al, sont donc t\u00e9moins dans leur splendeur et leur d\u00e9t\u00e9rioration de la rapide modernisation du pays, et de l\u2019histoire du Kowe\u00eft au cours du si\u00e8cle pass\u00e9.<\/p>\n<p>Le Diwan du Sheikh Khaz\u2019al (v.1915 &#8211; 1936)<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine du Diwan est l\u2019amiti\u00e9 entre deux sheikhs arabes au tournant du XIXe si\u00e8cle et du XXe si\u00e8cle. De nombreuses raisons personnelles et g\u00e9opolitiques ont pouss\u00e9 le Sheikh Mubarak al-Sabah (r.1896-1915) et le Sheikh Khaz\u2019al al-Ka\u2019b (r.1897-1936) \u00e0 se rapprocher. Tous deux sont chefs d\u2019une tribu arabe ; le premier est l\u2019homme fort des Utubs, tribu du Nadj install\u00e9e au Kowe\u00eft depuis le XVIIe si\u00e8cle ; le second dirige les Banu Ka\u2019b, tribu arabe de Perse occidentale, et porte le titre de Sheikh de Muhammarah (aujourd\u2019hui Khorranshahr). Tous deux sont d\u2019ambitieux dirigeants qui ont acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir au m\u00eame moment apr\u00e8s l\u2019assassinat de leur fr\u00e8re respectif. S\u2019ils sont voisins, de part et d\u2019autre du Shatt el-Arab, ils ne sont cependant pas concurrents, car leurs deux territoires se situent en p\u00e9riph\u00e9rie de deux empires diff\u00e9rents, l\u2019Empire ottoman pour l\u2019un et l\u2019Empire qadjar pour l\u2019autre. Ils tirent par ailleurs profit d\u2019une position de carrefour entre quatre empires concurrents, ottoman, persan, britannique (dans le Golfe), et dans une moindre mesure russe. Tous deux enfin, dans le contexte de l\u2019affaiblissement des empires orientaux et de la mont\u00e9e en puissance des Britanniques dans le Golfe, se sont engag\u00e9s sur la voie de l\u2019autonomisation. Mubarak, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur du Kowe\u00eft moderne (de lui descendent les deux branches des al-Sabah qui dirigent encore aujourd\u2019hui le pays) est nomm\u00e9 en 1897 qaim maqam (sous-gouverneur) du Kowe\u00eft par le sultan ottoman, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des Britanniques ; seize ans plus tard, la Grande-Bretagne obtient des Jeunes Turcs que le Kowe\u00eft soit reconnu comme une province \u00e0 part enti\u00e8re, autonome de celle de Basrah. C\u00f4t\u00e9 iranien, l\u2019alli\u00e9 britannique prot\u00e8ge les droits du Sheikh Khaz\u2019al aupr\u00e8s de T\u00e9h\u00e9ran, ce qui lui permet d\u2019\u00e9tendre sa principaut\u00e9 en Perse, \u00e0 Abadan ou Bahmansir, mais \u00e9galement son influence de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Shatt el-Arab gr\u00e2ce \u00e0 une politique active d\u2019achat de terres. Les retomb\u00e9es \u00e9conomiques de la d\u00e9couverte du p\u00e9trole pr\u00e8s d\u2019Abadan, et les actions de l\u2019Anglo-Persian Oil Company offertes par les Britanniques, contribuent \u00e0 son enrichissement.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9608\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1mehdi.jpg\" alt=\"\" width=\"521\" height=\"513\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1mehdi.jpg 521w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1mehdi-300x295.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1mehdi-415x409.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/1mehdi-250x246.jpg 250w\" sizes=\"(max-width: 521px) 100vw, 521px\" \/><br \/>\nLe Sheikh Mubarak et le Sheikh Khaz\u2019al, v.1907-1909 (photographie A.N. Gouldsmith)<\/p>\n<p>Forts de cette amiti\u00e9 diplomatique et humaine, le Sheikh Mubarak al-Sabah fait au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle don d\u2019un terrain au Sheikh Khaz\u2019al. \u00c0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate des eaux du Golfe et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la troisi\u00e8me enceinte de la ville, ce terrain plat et nu jouxte le palais de Dasman, construit en 1904 par Jaber al-Mubarak al-Sabah (Sheikh du Kowe\u00eft \u00e0 la mort de son p\u00e8re, de 1915 \u00e0 1917). Khaz\u2019al, qui poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 plusieurs palais au Khouzestan (Shadegan) ou \u00e0 Basrah, d\u00e9cide d\u2019en b\u00e2tir un nouveau, avant la mort de Mubarak en 1915 ou l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>C\u2019est un complexe familial qui est b\u00e2ti, dans un premier temps sans enceinte. \u00c0 l\u2019Ouest, une grande demeure, ou un petit palais connu depuis sous le nom de Qasr al-Ghanem, doit permettre de loger quelques unes des trente-trois \u00e9pouses du Sheikh et leur descendance, dans un b\u00e2timent aujourd\u2019hui en ruines. Construit autour d\u2019une cour et d\u2019une opposition entre pi\u00e8ces de vie int\u00e9rieures et pi\u00e8ces ouvertes sur l\u2019ext\u00e9rieur, il reprend les principales caract\u00e9ristiques de l\u2019architecture iranienne du XIXe si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019Est \u2013 les deux b\u00e2timents sont aujourd\u2019hui s\u00e9par\u00e9s par une route \u2013, le Sheikh Khaz\u2019al fait construire un diwan de deux \u00e9tages (Diwan Khaz\u2019al \/ Palais du Sheikh Abdullah al-Jabir al-Sabah) pour accueillir et loger ses h\u00f4tes.<br \/>\n<img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9611\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2.jpg\" alt=\"\" width=\"788\" height=\"544\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2.jpg 788w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-300x207.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-768x530.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-415x286.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-650x449.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-250x173.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi2-600x414.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 788px) 100vw, 788px\" \/><br \/>\nLe Diwan juste apr\u00e8s sa construction, vers 1916<\/p>\n<p>Les points communs avec le palais Malek de Bushehr sur la c\u00f4te iranienne du Golfe (le plan rectangulaire et massif, les tourelles d\u2019angle, jusqu\u2019aux mat\u00e9riaux utilis\u00e9s) laissent penser que le Sheikh s\u2019en est inspir\u00e9, voire qu\u2019il a fait venir au Kowe\u00eft le m\u00eame architecte. Si les techniques de construction, l\u2019usage de pierre de corail, mat\u00e9riau local, de terre comme mortier et pour les enduits, et de poutres en pal\u00e9tuvier, rappellent l\u2019habitat traditionnel kowe\u00eftien de la vieille-ville (dont la Bayt al-Badr est aujourd\u2019hui un des derniers t\u00e9moignages), l\u2019architecture du Diwan est pour le reste unique au Kowe\u00eft. Par sa taille tout d\u2019abord, car les b\u00e2timents \u00e0 \u00e9tage sont rares dans la r\u00e9gion au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, m\u00eame les palais. Par sa forme ensuite, puisque les quatre tourelles, reli\u00e9es par des v\u00e9randas ouvertes, assimilent la structure \u00e0 un fortin, ce que le b\u00e2timent n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9. L\u2019ext\u00e9rieur, malgr\u00e9 des piliers en bois sculpt\u00e9s et des fen\u00eatres ouvrag\u00e9es, reste sobre si on le compare au palais dont le Diwan d\u00e9pend. La d\u00e9coration int\u00e9rieure ne peut quant \u00e0 elle \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e qu\u2019\u00e0 partir de photographies des ann\u00e9es 1960 (voir plus loin), qui permettent de constater la similitude entre les riches plafonds en bois et ceux du palais. L\u2019agencement des pi\u00e8ces sur les deux \u00e9tages, sans compter une profonde cave entre les deux tours de l\u2019Est, rappelle la fonction du lieu : au premier comme au second, un couloir traverse le Diwan en longueur, d\u2019une porte \u00e0 l\u2019autre, et dessert de chaque c\u00f4t\u00e9 trois pi\u00e8ces carr\u00e9es de taille \u00e9gale, destin\u00e9es \u00e0 loger les invit\u00e9s. L\u2019ensemble m\u00eale des influences arabes, perses et indiennes, mais son architecture en terre explique sa fragilit\u00e9 et sa d\u00e9t\u00e9rioration continue depuis les ann\u00e9es 1960, lorsque la ma\u00eetrise du savoir-faire traditionnel s\u2019est perdue.<\/p>\n<p>Le Sheikh Khaz\u2019al n\u2019a pas longtemps profit\u00e9 du Qasr et du Diwan, puisque son pouvoir s\u2019effondre subitement dans les ann\u00e9es 1920, contrairement \u00e0 celui des sheikhs kowe\u00eftiens qui, bien moins riches que lui, continuent d\u2019\u00eatre soutenus par les Britanniques. Le Sheikh Khaz\u2019al doit faire face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de T\u00e9h\u00e9ran et \u00e0 la consolidation de l\u2019Empire perse sous l\u2019\u00e9gide du g\u00e9n\u00e9ral Reza Khan apr\u00e8s son coup d\u2019Etat en 1921. Ce dernier, avant m\u00eame son intronisation comme Shah en 1925 et le changement de dynastie, entame un processus d\u2019unification qui passe par la mise au pas des principaut\u00e9s r\u00e9gionales. Le Sheikh Khaz\u2019al constitue \u00e0 ce titre une cible privil\u00e9gi\u00e9e, \u00e0 la hauteur du danger qu\u2019il repr\u00e9sente pour le nouveau pouvoir dont l\u2019id\u00e9al est une nation unique dans un \u00c9tat modernis\u00e9 : le Sheikh revendique l\u2019identit\u00e9 arabe face \u00e0 l\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 iranienne, repr\u00e9sente le pouvoir tribal face \u00e0 l\u2019Etat central, et est enfin \u00e0 la t\u00eate d\u2019une riche r\u00e9gion p\u00e9trolif\u00e8re. Le Sheikh Khaz\u2019al tente de r\u00e9sister en s\u2019alliant aux tribus Bakhtiary qu\u2019il affrontait encore quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, mais leurs forces militaires sont ais\u00e9ment d\u00e9faites \u00e0 l\u2019issue d\u2019une courte guerre (1922-1924), consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9bellion par Reza Khan. Apr\u00e8s un acte de contrition forc\u00e9e, les terres iraniennes du Sheikh sont reprises en main par le nouveau Shah qui fait enlever son ancien rival. Il est assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran jusqu\u2019\u00e0 sa mort, probablement son assassinat, en 1936.<\/p>\n<p>Le palais d\u2019Abdullah al-Jaber al-Sabah (1936 &#8211; 1954)<\/p>\n<p>La famille du Sheikh Khaz\u2019al continue probablement d\u2019occuper le Qasr et le Diwan pendant sa captivit\u00e9, mais elle est contrainte de les vendre \u00e0 sa mort. Le palais est vendu \u00e0 la famille al-Ghanam, dont il porte aujourd\u2019hui le nom, et qui l\u2019occupe jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970. Le Diwan ne reste pas non plus inoccup\u00e9, puisqu\u2019il est achet\u00e9 par Abdullah al-Jaber al-Sabah qui lui donne son nom actuel. L\u2019homme est dans les ann\u00e9es 1930 pr\u00e9sident du Conseil de l\u2019\u00c9ducation (anc\u00eatre du minist\u00e8re de l\u2019Education). Petit-fils du Sheikh Abdullah bin Sabah al-Sabah (r.1866-1893), il ne descend pas de Mubarak et fait donc partie d\u2019une branche \u00e9cart\u00e9e de la succession, mais pas des cercles du pouvoir. Quant \u00e0 la famille Khaz\u2019al al Ka\u2019b, elle se d\u00e9lite ; si les fils a\u00een\u00e9s et leur famille ont gagn\u00e9 l\u2019Europe gr\u00e2ce \u00e0 la fortune de leur p\u00e8re, le fils cadet, ses filles et leurs descendants, ne pouvant gagner l\u2019Iran, sont rest\u00e9s au Kowe\u00eft o\u00f9 ils vivent \u00e0 pr\u00e9sent dans l\u2019anonymat.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9614\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"2560\" height=\"1920\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-scaled.jpg 2560w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-300x225.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-768x576.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-640x480.jpg 640w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-415x311.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-650x488.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-250x188.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi3-600x450.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><br \/>\nVue a\u00e9rienne de Dasman, vers 1940<\/p>\n<p>Les destins du Qasr et du Diwan se s\u00e9parent apr\u00e8s 1936, m\u00eame s\u2019ils sont aujourd\u2019hui r\u00e9unis dans la ruine. Autour du Diwan, con\u00e7u au d\u00e9part comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment annexe d\u2019un complexe familial plus large, un nouveau complexe familial se constitue, resserr\u00e9. Une photographie dat\u00e9e de la fin des ann\u00e9es 1930, ou du d\u00e9but des ann\u00e9es 1940 (ci-dessus), donne une id\u00e9e de l\u2019environnement du Diwan (1). \u00c0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un centre-ville dense, mais tout de m\u00eame dans l\u2019enceinte la plus large de la ville (2), il jouxte Dasman Palace (3) et l\u2019ambassade britannique (4) r\u00e9cemment construite entre le Diwan et la mer ; le b\u00e2timent est \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9limit\u00e9 par un mur qui n\u2019existait pas \u00e0 sa construction, et se distingue clairement de l\u2019ancien b\u00e2timent principal, le palais al-Ghanim (5).<\/p>\n<p>La famille d\u2019Abdullah al-Jaber al-Sabah occupe le Diwan devenu palais pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Si elle touche peu au b\u00e2timent d\u2019origine, sauf pour y installer des salles de bain, elle transforme le terrain qui l\u2019entoure. L\u2019homme d\u2019\u00c9tat, promoteur de la modernisation rapide de son pays dans les ann\u00e9es qui suivent la d\u00e9couverte du p\u00e9trole au Kowe\u00eft (1937), y fait construire des villas en b\u00e9ton. Elle sont parmi les constructions modernes priv\u00e9es les plus anciennes du pays. A proximit\u00e9 imm\u00e9diate du palais, c\u00f4t\u00e9 sud, il fait b\u00e2tir pour sa premi\u00e8re femme, Muneerah, une luxueuse demeure de plain-pied ; c\u00f4t\u00e9 nord, il offre \u00e0 leurs fils a\u00een\u00e9s, Jaber, Sabah et Mubarak, trois maisons identiques de trois \u00e9tages ; des annexes, r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la maintenance et aux domestiques, compl\u00e8tent l\u2019ensemble. Ces constructions, qui sont l\u2019\u0153uvre d\u2019un architecte \u00e9gyptien, interviennent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 ou au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950. Aucune photographie de l\u2019\u00e9tat initial de ces maisons n\u2019a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e.<\/p>\n<p>Des pluies torrentielles endommagent s\u00e9v\u00e8rement le Diwan en 1954 et contraignent la famille d\u2019Abdullah al-Sabah \u00e0 l\u2019abandonner par s\u00e9curit\u00e9 ; le vieux b\u00e2timent, de toute fa\u00e7on, ne correspond plus au standing moderne revendiqu\u00e9 par les membres de la famille al-Sabah. Il n\u2019est pas m\u00eame certain que les quatre pavillons modernes aient eu le temps d\u2019\u00eatre occup\u00e9s par la famille. Le Diwan, dans tous les cas, ne reste pas vide tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n<p>Un t\u00e9moin du patrimoine kowe\u00eftien en p\u00e9ril (depuis 1954)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 diwan puis palais, le b\u00e2timent entre dans la troisi\u00e8me phase de son existence, celle o\u00f9 il constitue un t\u00e9moin du pass\u00e9 kowe\u00eftien. Il devient en 1957, et jusqu\u2019en 1976, le mus\u00e9e national du Kowe\u00eft sous l\u2019impulsion de son propri\u00e9taire, le Sheikh Abdullah al-Jabir al-Sabah, attach\u00e9 autant \u00e0 la modernit\u00e9 qu\u2019au pass\u00e9 du pays. Le Diwan \u00e9chappe au vaste plan de destruction de la vieille ville qui intervient dans les ann\u00e9es 1950, con\u00e7u pour accorder l\u2019urbanisme avec l\u2019image d\u2019un pays consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque comme le plus moderne du Golfe. Le Diwan devient par cons\u00e9quent l\u2019un des derniers b\u00e2timents historiques du pays, et profite de l\u2019engouement croissant pour le pass\u00e9 d\u2019un pays qui apr\u00e8s son ind\u00e9pendance (1961) cherche un ancrage historique. Avec l\u2019aide, entre autres, de l\u2019UNESCO, l\u2019ancien diwan est transform\u00e9 en mus\u00e9e national, le premier de ce genre dans le Golfe. Un jardin et une fontaine sont am\u00e9nag\u00e9s dans l\u2019enceinte du palais. Les terrasses qui font le tour du b\u00e2timent, d\u2019une tourelle \u00e0 l\u2019autre, sont ferm\u00e9es, et le premier \u00e9tage, du fait de la fragilit\u00e9 structurelle de la toiture et des planchers, est d\u00e9finitivement condamn\u00e9. Le mus\u00e9e trouve son public. Comme le montrent les photographies du mus\u00e9e prises dans les ann\u00e9es 1960 par Tareq Sayid Rajab (voir portfolio), le couloir du rez-de-chauss\u00e9e a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 en galerie et permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 six pi\u00e8ces th\u00e9matiques. Les objets, chapiteaux, figurines et poteries de l\u2019\u00e2ge du Bronze et de la p\u00e9riode hell\u00e9nistique, d\u00e9couverts lors des toutes premi\u00e8res fouilles sur l\u2019\u00eele de Fa\u00eflaka (Kowe\u00eft) y trouvent leur place. Des salles consacr\u00e9es aux traditions kowe\u00eftiennes compl\u00e8tent le mus\u00e9e avec un ensemble d\u2019objets du XIXe et du XXe si\u00e8cles et des mannequins de cire en costumes traditionnels. A l\u2019ext\u00e9rieur, une tente b\u00e9douine accueille les touristes pour un verre de th\u00e9 ou une tasse de caf\u00e9, au milieu d\u2019un jardin luxuriant exceptionnel au Kowe\u00eft, mais dont il ne reste aujourd\u2019hui plus trace.<\/p>\n<p>Le mus\u00e9e du Diwan ferme d\u00e9finitivement en 1976. Il rouvre en 1986 plus loin sur la c\u00f4te, avec les m\u00eames collections, dans le nouveau b\u00e2timent construit sp\u00e9cialement par Michel \u00c9cochard \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. La d\u00e9t\u00e9rioration des structures du Diwan ne lui permet plus d\u2019\u00eatre habit\u00e9, et il est depuis quarante ans laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon. Quelques traces d\u2019occupation laissent penser que des pi\u00e8ces ont temporairement \u00e9t\u00e9 habit\u00e9es par des ouvriers dans les ann\u00e9es 1980, \u00e0 l\u2019instar du palais al-Ghanim.<\/p>\n<p>Le Diwan ne s\u2019\u00e9carte cependant pas de l\u2019histoire du Kowe\u00eft. Il est touch\u00e9 de plein fouet par l\u2019invasion irakienne, qui est vraisemblablement responsable de l\u2019effondrement du premier \u00e9tage et de presque tous les murs du rez-de-chauss\u00e9e. Des traces d\u2019incendie sur les structures en bois confirment une d\u00e9t\u00e9rioration brutale, voire une explosion, peut-\u00eatre d\u00e8s le premier jour de l\u2019invasion irakienne (2 ao\u00fbt 1990) lors de l\u2019assaut donn\u00e9 contre le palais Dasman.<\/p>\n<p>Depuis 2008 et l\u2019acquisition du terrain par le National Council for Culture, Arts and Letters (NCCAL), le palais, class\u00e9 Heritage par l\u2019\u00c9tat, le Diwan, et les maisons qui l\u2019entourent ont renforc\u00e9 leur fonction patrimoniale, ce qui les inscrit dans la continuit\u00e9 du mus\u00e9e national. Le Diwan, sous la d\u00e9nomination de \u00ab Sheikh Abdullah al-Jabir Palace \u00bb fait partie des quatre lieux d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 partir de 2014 par le Kowe\u00eft sur la liste de candidature au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO (avec les tours du Kowe\u00eft, proches du Diwan, l\u2019\u00eele de Boubyan et les vestiges de l\u2019\u00eele de Fa\u00eflaka).<\/p>\n<p>Le Diwan n\u2019est plus accessible au public. Une tentative de restauration, \u00e0 la suite de courtes fouilles arch\u00e9ologiques, n\u2019aboutit pas et la rapide alt\u00e9ration du b\u00e2timent en terre se poursuit. Depuis que les relev\u00e9s arch\u00e9ologiques ont eu lieu, ce qu\u2019il restait de la fa\u00e7ade nord, un escalier principal et la partie d\u2019une tourelle se sont effondr\u00e9s. Seule restauration achev\u00e9e sur le site, celle de deux des trois maisons construites pour les fils a\u00een\u00e9s d\u2019Abdullah al-Jaber al-Sabah, qui ont \u00e9t\u00e9 rendues \u00e0 leur apparence des ann\u00e9es 1950. La troisi\u00e8me maison, un temps en travaux, est aujourd\u2019hui totalement en ruines. Depuis 2015, le Centre fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie et de sciences sociales occupe la deuxi\u00e8me de ces demeures et perp\u00e9tue la fonction patrimoniale du lieu.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-9617\" src=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4.jpg\" alt=\"\" width=\"2000\" height=\"1333\" srcset=\"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4.jpg 2000w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-300x200.jpg 300w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-768x512.jpg 768w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-415x277.jpg 415w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-650x433.jpg 650w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-250x167.jpg 250w, https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/mehdi4-600x400.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><\/p>\n<p align=\"center\"><i>Les ruines du Diwan en 2017 (photographie H. David-Cuny)<\/i><br class=\"autobr\" \/>\u00a0<br class=\"autobr\" \/><strong>Quelques r\u00e9f\u00e9rences en ligne\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.iranicaonline.org\/articles\/kazal-khan\" rel=\"external\">La biographie de Khaz\u2019al Khan sur l\u2019Encyclopaedia Iranica<\/a><br class=\"autobr\" \/><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/whc.unesco.org\/fr\/listesindicatives\/6005\/\" rel=\"external\">La candidature du Diwan \u00e0 l\u2019UNESCO (2015)<\/a><br class=\"autobr\" \/><a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/www.academia.edu\/2533490\/What_He_Thought_What_He_Did_An_Archaeological_Study_of_the_Persian_Gulf_Coasts_Colonial_Sites_of_Sheikh_Khazal_Khan_in_the_Early_Twentieth_Century?auto=download\" rel=\"external\">Le r\u00e9sultat des fouilles men\u00e9es par Leila Papoli Yazdi en 2008<\/a><\/p>\n<\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 2015, le Centre fran\u00e7ais d\u2019arch\u00e9ologie et de sciences sociales est h\u00e9berg\u00e9 pr\u00e8s du golfe Arabo-persique dans une maison des ann\u00e9es 1950<\/p>\n","protected":false},"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"template":"","tickets_taxonomy":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets\/9589"}],"collection":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets"}],"about":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/tickets"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9589"}],"wp:term":[{"taxonomy":"tickets_taxonomy","embeddable":true,"href":"https:\/\/cefrepa.cnrs.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tickets_taxonomy?post=9589"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}