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Wébinaire - Ce que la guerre fait au terrain : la recherche sur le Yémen et ses mouvements migratoires en contexte de guerre

publié le

De nombreux travaux en sciences sociales ont pour terrains de recherche des territoires en guerre. Cependant, ces dernières années, et notamment depuis la fin de l’euphorie des révoltes pacifiques dites des « printemps » arabes et le début de leur militarisation, la violence de ces conflits rend l’accès au terrain difficile, voire impossible. Par ailleurs, si certaines zones paraissent aujourd’hui hors de toute menace sécuritaire, l’accès au terrain reste restreint car tributaire de l’approbation d’acteurs institutionnels ou politiques locaux.

Dans le contexte contemporain de la recherche sur le monde arabe, nous nous intéresserons à la manière dont le conflit au Yémen configure ou reconfigure l’enquête et la relation des chercheur.e.s au terrain. Face à cette nouvelle réalité imposant de plus en plus un « terrain sans terrain », nombre de chercheur.e.s ont ainsi été contraint.e.s de chercher d’autres moyens de poursuivre leur travail.

Ce webinaire vise à interroger plus particulièrement l’état de la recherche en sciences sociales sur le Yémen, les Yéménites en exil, dans un contexte miné par une double guerre civile et transétatique que vit le pays depuis 2015. Il s’intéresse à ce que la guerre fait aux populations yéménites vivant au Yémen, mais également en migration, dans les pays arabes et dans le reste du monde ainsi qu’aux reconfigurations de leurs relations avec leur pays, son histoire passée et présente. Il cherche aussi à voir comment cet état de guerre transforme le rapport des chercheur.e.s au terrain, aux personnes et groupes observés et à leurs interlocuteurs/trices potentiel.le.s, et comment la difficile réalisation de l’enquête ethnographique pousse les chercheur.e.s à innover, bricoler et concevoir une autre manière de mener leurs recherches.

Notre approche se veut interdisciplinaire, avec une focale large sur les plans temporels et spatiaux, et comparative, notamment concernant les contextes de départ, d’accueil, d’installation, les rapports de pouvoir qui les traversent et les dynamiques d’agentivité, d’identification, d’altérisation qui s’y opèrent. En nous appuyant sur ces différentes expériences empiriques, nous essayerons de tracer des lignes de convergence et/ou de divergences entre les méthodes, les caractéristiques de ces enquêtes et les résultats qui en découlent. Pour ce faire, nous avons imaginé plusieurs axes nous permettant d’appréhender au mieux le couple « conflit et recherche », parmi lesquels :

I - (axe méthodologique) Travailler sur le Yémen et les Yéménites en temps de guerre : entre distance physique et proximité émotionnelle, place et engagement du chercheur sur le terrain
II - Les mouvements migratoires des Yéménites dans le contexte de l’exil : entre continuités et ruptures
III - Les reconfigurations des liens au Yémen : constructions des imaginaires, des identités et des altérités

Les séances se tiennent environ une fois par mois, à distance, sous deux formats principaux : des workshops entre jeunes chercheur.e.s travaillant sur le Yémen et ses mouvements migratoires et, à fréquence différente, des séances ouvertes au public durant lesquelles un.e ou plusieurs chercheur.e.s ou autre spécialistes invité.e.s proposent une intervention sur un aspect de la thématique annuelle du séminaire, avant un échange avec les participant.e.s. Pour assister aux séances ouvertes au public, rejoindre le groupe de travail des jeunes chercheur.e.s sur le Yémen, ou pour toutes autres informations vous pouvez nous écrire à l’adresse : yemenimigrations.webinar@gmail.com.

L’équipe d’organisation du cycle de webinaires : Samaher Al-Hadheri, Solenn Al-Majali, Mustafa AlJabzi, Alexandre Lauret, Morgann Barbara Pernot et Mohammed Sharqawi

Séance 2 (en français) « Le Yémen en guerre et la politique en exil. Regards croisés Turquie – Égypte »
08/04/2022, à 14h00 (CET) - En ligne
Pour plus d’informations et demande d’inscription, contacter : yemenimigrations.webinar@gmail.com

1. Les élites politiques yéménites en Égypte (Marine Poirier, CNRS – Iremam)

Depuis sept ans, la guerre au Yémen a provoqué de grands bouleversements, mais a-t-elle complètement chassé la politique ? Dans quelle mesure la politique se poursuit-elle également, sans les armes, pendant la guerre ? J’interrogerai ici ce qu’il reste des activités politiques ordinaires dans le contexte extraordinaire de la guerre, en m’intéressant plus particulièrement au devenir des élites politiques yéménites en exil. Sur la base d’une enquête menée au Caire en Egypte, où réside et/ou transite une partie importante de ces élites, je montrerai comment se redéploient leurs activités, et comment le conflit, et les déplacements géographiques qu’il a entraînés, affecte leurs pratiques et subjectivités.

Marine Poirier est chargée de recherche au CNRS, rattachée à l’IREMAM (Aix-en-Provence). Elle s’intéresse à la sociologie des élites politiques et de la classe dirigeante dans des contextes de crise politique, de conflit armé et de changement de régime, à partir du cas yéménite principalement.

2. Faire de la politique en exil. Les Yéménites en Turquie (Mustafa AlJabzi, Université de Rouen)

En raison de la guerre qui sévit au Yémen depuis plus de sept ans, des Yéménites ont trouvé refuge en Turquie du fait des conditions de vie de plus en plus difficiles et des persécutions politiques dans le pays d’origine. Aux côtés du nombre croissant des étudiants yéménites en Turquie, s’y trouvent également des partisans du parti islamiste Islah, considéré comme la version yéménite des Frères musulmans. Ce parti, opposé aux Houthis et à la contre-révolution menée par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis au sud du Yémen, se voit obligé de déplacer à l’étranger ses moyens médiatiques et ses élites qui trouvent à Istanbul un accueil propice, notamment au vu du rapprochement idéologique avec le climat politique en Turquie. Bien loin de leur pays d’origine, ces jeunes activistes mènent des activités politiques et intellectuelles à Istanbul où ils sont majoritaires. L’exil leur impose de choisir un mode d’organisation et de fonctionnement adapté à la nouvelle réalité dans le pays d’accueil. À travers une étude des récits biographiques des enquêté.e.s et des observations de terrain que je mène à Istanbul, mon travail est d’interroger ce mode de fonctionnement et d’organisation : comment la politique se poursuit-elle en exil et dans quel cadre ? Quel est l’impact de l’exil sur les itinéraires personnels, opinions politiques et religieuses des jeunes Yéménites ? Quels sont les sujets de débat dans le pays d’exil ?

Mustafa AlJabzi est doctorant en sociologie à l’université de Rouen. Dans le cadre de sa thèse, il s’intéresse aux changements idéologiques au Yémen, à la socialisation politique des Frères musulmans, l’impact de l’exil sur les élites politiques et intellectuelles islamistes durant la crise actuelle au Yémen.